n° 30 : une aventure incertaine

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LABORATOIRE D'INVENTIONS SCIENTIFIQUE(S)

Cahier n° 30
Editorial de Monsieur l'Ingénieur-en-Chef
Prologue
Une aventure incertaine
Epilogue
Quatrième de couverture 1
Appendice
Quatrième de couverture 2
Un échange de mail
Quatrième de couverture 3


Editorial de Monsieur l'Ingénieur-en-CheF  SOUS LE COUVERT D'UNE NOTULE DE LA REDACTION DES CAHIERS DE L'A.L.I.S

Notule de la Rédaction des Cahiers de l’A.L.I.S.

La rédaction a reçu cette « Aventure Incertaine » en deux livraisons. Dans une première étape, à la suite d’une demande de X°°°, un Cahier « Spécial », dont on trouvera ci-inclus la copie – y compris les deux pages de garde – (corrigée de quelques fautes de frappe et d’impropriétés ) , a été réalisé ( et tiré à deux exemplaires) et remis à X°°°. Ses manies bien innocentes quant à la présentation ont été respectées : la rédaction a eu l’impression que X°°° essayait de faire des effets de distanciation avec des procédés plus ou moins rousselliens.

Le Comité d’Entreprise du Laboratoire d’Inventions Scientifique(s) s’est longtemps interrogé sur cette aventure incertaine mais par discrétion n’a jamais posé de questions ni sollicité de confidences de X°°°. Il se demande encore si cette aventure ne s’est déroulée que sur le papier ou si … mais alors jusqu’où ?

Ce n’est que quinze jours plus tard que X°°° a bien voulu se manifester en faisant parvenir le courrier donné en annexe. « On » pourra constater que l’ensemble de ces textes est fortement déceptif, la conclusion – si tant est qu’il  doit y avoir une conclusion – n’est toujours pas connue, X°°° lui même ne semble pas en mesure de donner le mot de la fin.

Ce ne sont certes pas les qualités littéraires qui ont poussé la rédaction à publier ces textes disparates, mais la reconnaissance d’un work in progress où le « scripteur » - comme il se désigne (un peu pompeusement) – finit par se piéger tout seul. Nous connaissions bien les dangers de la lecture (surtout depuis que le Saint Office ne met plus à l’index que des préservatifs (il faudrait lui en donner le mode d’emploi, c’est la vie)), il y a aussi un danger de l’écriture et pas seulement pour Artaud et Cie.

Certains lecteurs du Laboratoire d’Inventions Scientifique(s) essayent de décrypter ces textes pour en faire la part du VRAI et celle du FAUX ; c’est là une attitude bien peu Scientifique qui signifierait que cette différence est pertinente.

La Rédaction des cahiers de l’A.L.I.S.
Sous la bienveillante autorité de Monsieur l’Ingénieur-en-Chef des Calis
Mai 1990

La pensée du jour :
Jadis, Tsouang Tchéou rêva qu’il était un papillon voltigeant et satisfait de son sort et ignorant qu’il était Tchouang Tséou lui même. Brusquement il s’éveilla et s’aperçut avec étonnement qu’il était Tchéou. Il ne sut plus s’il était Tchéou rêvant qu’il était le papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Tchéou.

Tchouang Tseu O.C. Gallimard UNESCO 
p 45 La réduction ontologique


Prologue

Où peut être la sincérité dans un texte qui voudrait ne rien cacher et disséquer comme au scalpel des mouvements et des élans qui pour être " réels " n'en sont pas moins calculés ?

Comment être neutre vis à vis d'une histoire que l'on invente - et donc que l'on vit - au fur et à mesure qu'on l'écrit ?

Entre la retenue et la complaisance exhibitionniste où est la voie ?

A ce moment précis on ne sait encore rien de la nouvelle qui suit ni même et surtout si elle ira à sa fin .

On se demande jusqu'où va le pouvoir démiurgique de l'écrit : créé-t-il une situation ou ne peut-il que la décrire ?

Et si l'acte d'écrire implique à l'évidence la scripteur, a-t-il pour autant prise sur le lecteur (la lectrice) ? qu'il tente de piéger dans son texte.

J'ai quelque peu hésité avant de rédiger ce texte, partagé entre la vanité de l'écriture et l'exorcisme qu'elle pouvait représenter. Plus je cherche le pourquoi de cette mise à plat (en scène ?) plus je m'enchevêtre dans un tissu de contradictions quasi proustiennes - pardon Marcel - . Avant le " pourquoi ", et pour l'élucider, d'abord le " pour qui " car c'est là le point qui n'est pas encore tout à fait clair. Certes , et c'est ainsi que l'écriture a pu commencer, le " pour qui " peut être mon mythique journal qui a bon dos mais à vrai dire ce n'est qu'une échappatoire et je sais pertinemment que le " pour qui " est bien défini, c'est l'héroïne de la nouvelle mais j'ignore encore si je lui remettrai le texte ou s'il restera quelque part caché dans un disque d'ordinateur pour que je le relise, le déguste lentement et parvienne à le comprendre .

Ambiguïté totale de cette démarche si elle se fait : quel est le but recherché ? Il y en a plusieurs et ils sont incompatibles voire contradictoires. Une seule certitude à ce moment : il s'agit d'un jeu de séduction, jeu ou séduction ou séduction du jeu … Tentative de séduction " intellectuelle " certes, mais qu'en est-il des arrières pensées (pas si éventuelles (ni si arrières) que ça) ? Ce peut être le besoin de me rassurer : l'âge passe mal, alors je le mets en avant en attendant - en vain - quelque dénégation (qui ne pourrait n'être que de complaisance) ; puis-je passé la milieu de la quarantaine encore séduire ? Ai-je vraiment envie de " concrétiser " ou est-ce simplement le besoin de croire que, éventuellement, des portes sont encore ouvertes ? La peur d'un échec physique ou autre (penser à essayer la verveine qu'elle croit aphrodisiaque même si j'en doute fort) , la peur, plus proche de la lâcheté d'être impliqué dans quelque chose me dépassant peut me faire (plus ou moins consciemment ) souhaiter l'échec et le provoquer : une (bonne) raison de lui remettre ce texte.

A moins que, confortablement, je reste là à fantasmer à ce qui sans nul doute aurait été - si je l'avais voulu - ; là au niveau du rêve, plus de risque d'échec, plus de problèmes - faudrait-il alors prendre le risque de confronter le rêve et la réalité ? On se montre fort et plein d'expérience mais en fait on est totalement désarmé devant l'inconnue, sûre d'elle, séductrice inconsciente (?), sans complication apparente, forte de sa vie à venir. N'est pas Machiavel qui veut et je m'embrouille dans ces nièmes degrés, cette mise en abyme qui compliquent une situation que je suis certainement le seul à imaginer.

A moins que ce texte ne soit qu'un transfert et que je tente par là de mettre ma lectrice (éventuelle) en position instable alors que rien ne la trouble, elle. Mes hésitations, ce jeu que je ne maîtrise pas, je lui offre, je lui passe la main ; qu'en fera-t-elle ? J'imagine son trouble (Oh ! non pas celui là !) mais bien plutôt son embarras : comment décliner sans être trop blessante ?

A moins que la crainte du ridicule ne me fasse garder ce texte enfoui et que je détruise les listings et efface le disque avant la fin …

Passons à la nouvelle qui devra refléter le plus fidèlement possible la situation et son évolution tout en maintenant une distanciation de bon aloi. Attention à ne pas rester trop allusif : il faut pouvoir comprendre ce récit de l'extérieur à tout le moins y pénétrer sans clef particulière. Côté technique de l'écrit, par manque de souffle et une incapacité à rédiger un texte continu, donner dans le pointillisme : des saynètes qui éventuellement suggèrent par leur succession, une histoire, une aventure. Rien n'oblige à les lire dans l'ordre, d'ailleurs les scènes ne reflètent pas une stricte chronologie mais des touches successives d'un tableau qui se crée. Il faut , pour mieux faire entrer le lecteur (la lectrice) dans le jeu, écrire à la première personne comme si le scripteur était partie prenante de cette aventure (incertaine).


Une Aventure Incertaine

Chapitre 1

Scène : une salle de professeurs dans un lycée de province ; un brouhaha d'interclasse, des bribes de conversations ( ?) frôlant et dépassant parfois l'inanité totale, courants d'air chassant les remugles. Personnages : figurants (nombreux ; blouses blanches ( pour les " scientifiques " ) ou de couleur, cartables débordants de copies. On pourrait mettre des mannequins), C°°° et moi.
Je regarde C°°° , et comme j'en ai déjà pris l'habitude entame la conversation - oh ! pas bien brillante- sur la vie du lycée, les collègues, les élèves et alii. Avec gentillesse C°°° embraye sur tout et rien; Ionesco n'est pas loin. Une idée (pulsion) me vient alors : j'ai des billets de faveur pour une représentation du Circkub'U " La tentation d'être ou la comique illusion " et le plus naturellement je demande à C°°° s'il lui plairait d'assister à la représentation. OUI. Nous consultons nos emplois du temps pour vérifier si cette sortie est possible. OUI. Nous nous fixons rendez vous.

Chapitre 2

De mardi à mardi, il y a sept jours et des poussières jusqu'au soir. Cela fait 168 heures ou 10080 minutes. La semaine d'attente commence. Le temps passe plus vite que lorsque j'avais vingt ans (elle en a vingt cinq) mais cette attente appelle des souvenir … aie, un coup de nostalgie. Attendre je ne sais quoi, il ne s'agit bien sûr que d'une sortie comme ça. Pourtant. Les phantasmes commencent tout doucement, le rêve prend de la consistance. Elle a accepté si spontanément, qu'en déduire ? Ou bien - non ce n'est pas raisonnable - ou bien une simple sortie, entre amis, comme cela se pratique si naturellement . Et son sourire, il est franc : pas de gêne de sa part, sûrement pas de calcul alors quoi … je préfère encore rêver.

Chapitre 3

Il s'agit maintenant d'interpréter un changement de programme. Il était tacitement convenu que nous ferions cette sortie à deux (ce qui ne veut pas dire plus) et le vendredi elle m'annonce qu'elle reçoit une amie précisément le soir de la représentation. D'emblée, j'invite son amie avec elle d'autant que j'ai l'impression que sinon c'en était fait de notre sortie.
Nouvelle situation, nouvelle analyse. Est-ce que vraiment elle ne serait pas sortie sans son amie ? Je ne le saurai jamais. Si je lui prête des pensées aussi compliquée que les miennes, pourquoi faire venir un tiers ? L'explication le plus probable est, bien sûr, l'absence de préméditation et la simple coïncidence (une route à partager pour assister à un stage le lendemain).
Ou bien elle ne considère pas notre sortie comme une " sortie à deux " ( ce qui ne veut pas dire autre chose ) ou bien elle souhaite un tiers pour neutraliser une situation qui pourrait devenir gênante. C'est à l'évidence l'hypothèse que je choisis d'autant que c'est la plus improbable ; cette complication crée des liens de complicité non dits certes mais qui s'imposent à moi.
Par un retournement dialectique cette situation m'arrange en fait . J'ai là un prétexte tout trouvé pour ne pas devoir tenter de séduire avec tous les risques que cela comporte pour la suite de l'aventure. C'est avec un soulagement certain que finalement j'ai appris que C°°° ne serait pas seule. Mon rêve pourrait continuer encore un peu.

Chapitre 2 bis

Je veux que cette première sortie soit une réussite - qu'elle y prenne plaisir -. Préparation de la sortie : visite au directeur de la troupe pour avoir le texte de la pièce, rendez vous en fin de représentation avec tous les acteurs pour prendre un pot. Y-a-t-il quelque chance de mettre le directeur dans mon jeu ? Je n'y tiens pas, il me faudrait expliciter des raisons que je ne souhaite pas étaler.

Chapitre 1 bis

Retour dans cette salle des profs. Un collègue s'assied à notre table et demande avec un brin d'ironie appuyée:
" J'espère que je ne vous dérange pas ?
- bien sûr ( ?) que non "
Il nous prête une complicité que nous n'avons pas (encore) ; ce faisant peut être aide-t-il à l'amorcer.
Au cours de la discussion, après le départ de l'intrus, C°°° m'apprend incidemment qu'elle aime la photo : je serai son guide pour lui montrer les sites et lui permettre d'entrer dans des lieux peu ouverts au public. Une journée à " marquer d'une pierre blanche " - comme dit Lewis Carroll dans son journal-.

Chapitre 4

Nous arrivons un peu en avance au théâtre, ostensiblement je montre mes invitations à la caissière : besoin de montrer que (localement) je suis " connu " à défaut d'être reconnu. C'est bien puéril certes mais c'est l'un des rares atouts de l'âge.
Je crains que la pièce ne lui parle pas : c'est un essai sur la vieillesse et la mort- cela pareît si loin de C°°° - jouée dans les registres instables de la dérision et du pathétique. Un texte fort sur une guignolade (il y a du Jarry là dessous), des mots qui font mouche, une réflexion assez désespérée, tout cela lui plait. Sur la banquette, à ses côtés, je guette ses réactions et ses rires : je vis deux fois la représentation : à travers mes yeux puis les siens et ce n'est pas exactement la même pièce.
Plus tard le pot prévu. Le Directeur est content des compliments (sincères) qui nous lui faisons, il nous accueille très bien avant de souper. Il va remonter la première partie de sa trilogie et nous invite à une représentation privée qui se fera dans une quinzaine ( et des délais).
C°°° accepte ave plaisir, et déjà je fais des plans pour notre prochaine sortie …

Chapitre 2 ter

Une nouvelle attente indéfinie recommence. Il y a toujours des prétextes pour continuer à nouer des conversations : la pièce déjà vue - ça crée des liens - , la pièce à venir, le texte de la pièce que je n'ai pas encore mais dont attend la photocopie, la troupe du Circkub'U.
Des considérations météorologiques si nécessaire.
En dernier ressort la vie du lycée peut toujours fournir matière à discussion.

Chapitre 5

Afin de mieux me faire connaître et lui montrer une facette qui me semble positive, je lui prête quelques Calis que je dépose à son domicile : un prétexte pour savoir où elle habite .
Ce sont les numéros 1 à 7 ( en tout cas les dates de parution semblent indiquer ces numéros) . On y trouve des extrait du répertoire des personnages de Raymond Queneau, quelques études plus ou moins oulipiennes - qui devraient intéresser un(e) futur professeur de lettres modernes - et les rubriques habituelles des premières séries des calis.
Je me souviens qu'elle me les a rendu assez vite sans faire de commentaire, les a-t-elle seulement lu ? ou trouvé que ce n'étaient que coquecigrues et billevesées dont elle ne voyait pas du tout l'intérêt ( à supposer qu'il y en eût un ).
C'est sûrement ce prêt fait spontanément qui à provoqué l'idée du présent Calis : une façon apparemment anodine de faire passer un message tout en se réservant l'issue possible de se cacher derrière ce cahier si …

Chapitre 6

Etais-je invité, suis-je passé par hasard ? En tout cas un après midi j'ai pris un pot au café avec C°°° . Elle était en compagnie d'ami(e)s de son âge et je détonnais un peu.
Avec naturel, une bise sur les joues, un verre, bavardages croisés. J'ai cru comprendre qu'elle sortant plus ou moins avec une jeune policier stagiaire qui effectuait son service national. Là il n'y avait pas photo : ils allaient bien ensemble - au sens de " étaient bien assortis " -.
Je suis reparti assez vite.

Chapitre 7


Epilogue

Ici se termine pour l'instant cette nouvelle. La rédaction laisse beaucoup à désirer, quelques idées et images jetées en vrac ne remplacent pas un récit suivi. Il manque de " liant " , le décor n'est jamais qu'esquissé, les personnages pas décrits restent des zombis - on ne connaît toujours pas C°°°- . Comment vibrer avec des personnages qui restent aussi désincarnés ?
Il y a là une sensation d'inachevé au niveau de l'analyse, un manque de recul qui fait craindre un certain pathos … Quelques trop rares images et figures de style, des artifices d'écriture que l'on peut repérer dans un Gradus, des touches d'humour teintées d'un pessimisme de bon aloi laissent espérer que, retravaillé, ce texticule serait amendable.
Ne parlons pas du plan - ou plutôt de son absence - qui rend le texte peu lisible en dépit de sa brièveté . L'impuissance à conclure, cette dernière scène laissée en blanc montrent que le scripteur de dédaigne pas, hélas, la facilité .
On se demande bien ce qu'un lecteur peut bien retenir de cette " nouvelle "

Voilà donc ce texte, cette nouvelle presque écrite. Le problème évoqué précédemment reste entier : qu'en faire ?

Cette apparente sincérité si complaisamment étalée pourrait être une rouerie si elle n'était somme toute naïve - à moins que ce ne soit là que réside la rouerie : elle s'avoue, se fait provocation pour être mieux acceptée. Une rouerie au nième degré n'est que naïveté (et réciproquement)

Pourtant, même si cette aventure n'est qu'un rêve, je l'ai fait ce rêve que je lis en ce moment là devant moi avançant vers une conclusion que j'aimerais bien connaître . Saint Anselme le sait bien : le concept précède et entraîne l'existence ( dans le cas de Dieu en particulier). Cette aventure oh combien incertaine ! a bien été conçue fût-ce songe , elle a été alors le support d'autres phantasmes au second degré qui à leur tour ont déclenché de nouveaux rêves … Il y aurait beaucoup à dire sur cette cascade d'imaginaires dérivant de la réalité.

Une pirouette pour s'en sortir : et si toute cette aventure n'était qu'un prétexte à écrire ? Je n'aurais pas l'outrecuidance frôlant le ridicule de croire que j'aurai pu impliquer ma lectrice dans une histoire dont elle n'a que faire. Ah elle est bien bonne ! Pour un peu j'aurai pu me piéger à mon propre rêve - et il est difficile de s'éveiller, n'est pas Maître Tchouang ?

Je me donne encore vingt quatre heures (ou plus) pour me décider à remettre ce texte ou non à sa destinatrice : cela me laisse le temps de vivre plusieurs suites possibles à cette aventure …

1 Je lui remets le texte
1.1 Elle s'y implique
1.1.1 Elle décide poursuivre le jeu (lequel ? à vrai dire je n'en sais rien)
1.1.2 ?

1.2 Elle est mal à l'aise devant ce texte dont elle ne voit pas (pas mieux que moi) la raison ultime
1.2.1 Elle décide de faire semblant de ne rien avoir reçu
1.2.2 Un " bonjour " gêné ma fait comprendre 1° que le message est arrivé et 2° qu'il n'en sera pas accusé réception

1.3 Elle réagit :
1.3.1 Colère devant l'audace de faire semblant de croire que j'aurai pu croire que …
1.3.2 Commisération
1.3.3 Amusement et surprise
1.3.4 Perplexité

1.4 Elle choisit d'y voir un canular
1.4.1 Qu'elle trouve drôle
1.4.2 Qu'elle trouve de mauvais goût

2 Je garde le texte par-devers moi
1.5 Pour l'instant en attendant qu'il soit terminé (que l'aventure soit terminée)
1.5.1 Elle l'aura dès son départ
1.5.2 Selon la fin de l'aventure
1.5.2.1 Je lui remettra ce texte
1.5.2.2 Je réécrirai ce texte avant de lui remettre
1.5.2.3 Je lui offrirai un texte tout différent
1.6 Définitivement
1.6.1 L'aventure est finie
1.6.2 L'aventure continue mais je suis le seul à le savoir

3 Je veux lui remettre ce texte discrètement (voir " acte manqué ")
3.1 Je me trompe de boite aux lettres et ne m'en rends pas compte
3.2 Je réalise la méprise longtemps après

7 " Ce dont on ne peut parler, il faut le taire "
( L. Wittgenstein, Tractatus)

C'est une histoire qui aurait pu être si l'écriture avait autant de force qu'on lui prête. On n'en connaîtra pas la " conclusion " mais peut-il vraiment y avoir une conclusion à une telle histoire - surtout si elle reste du domaine de l'irréel ?

Le seule conclusion c'est la fin pléonastiquement définitive. Quoiqu'il advienne par la suite cette aventure s'est concrétisée - sur une feuille de papier - et elle continuera sans qu'il soit nécessaire que le scripteur la tienne à bout de bras.

Où est le rêve, où est la réalité ? Une aventure incertaine s'efface comme le sourire du chat du Chestershire.

Ce Cahier de l'Amicale
du
Laboratoire d'Inventions Scientifique(s)
n'est pas numéroté
&
il ne fait partie d'aucune série
&
a pour titre :

Une aventure Incertaine

Cette édition a été tirée à deux exemplaires. Elle a été réalisée dans l'imprimerie spéciale du laboratoire d'Inventions Scientifique(s) le 10 mars 1990 (v.).


A
ppendice :

Une lettre à la rédaction des cahiers …

X°°°
à
Monsieur le Rédacteur -en -Chef
des Cahiers de l'A.L.I.S.

Cher Monsieur,

Veuillez accepter tous les remerciements pour le tirage spécial que vous avez bien voulu faire du Cahier de l'A.L.I.S. à deux exemplaires. Il s'agissait pour moi de tempérer le texte que vous connaissez et j'ai eu le sentiment que cette présentation quelque peu particulière pourrait désamorcer certaines réactions, l'aspect ludique semblant alors l'emporter. Je sais que mes demandes de mise en page voire les choix de caractères ont du vous paraître tatillonnes mais je tenais à cette présentation, la " forme " faisant écho au " fond ".

Après avoir hésité vingt quatre heures, comme prévu, j'ai remis le Cahier à C°°° en mains propres, pour éviter l'hypothèse désastreuse n° 3. Ce fût, il faut bien le reconnaître un nouveau prétexte pour lui rendre visite (sur le seuil de sa porte). Une hypothèse que je n'avais pas imaginé est celle-ci :

1.5 " Elle garde le texte et ne le lit pas (manque de temps, ne sait pas l'intérêt que je porte à cette démarche, range le cahier au fond d'un dossier et l'oublie … ou tout autre raison … )

Imaginez, Monsieur le Rédacteur mes affres. Ce texte que je lui ai remis est maintenant comme une épée de Damoclès au dessus de ma tête : chaque fois que je croise C°°°, je me demande si elle a enfin pris connaissance de ce texte, je scrute ses réactions. Jusqu'à aujourd'hui c'est toujours non, mais demain ?

Je me refuse à forcer le cours des choses en lui demandant l'air innocent ce qu'elle pense du texte ou tout autre subterfuge. Laisser agir le Clinamen est la voie de la sagesse mais ce peut être stressant. Je ne suis pas plus avancé qu'il y a quinze jours, j'attend la nouvelle représentation de la première partie du Cirkub'u. J'espère qu'elle l'appréciera autant que la première dont je lui ai remis le texte il y huit jours - déjà ! - (encore une entrevue sur le seuil …). Dès le lendemain elle m'a fait savoir qu'elle l'avait lu (celui-ci ) et apprécié : tout particulièrement ce démarquage de Aurore de Chancel (1836) qui connaissait bien le théâtre de tréteaux …

" On entre, on crie
" Et c'est la vie
" On baille, on sort
" Et c'est la mort "

En ce moment même où je finis ma lettre, C°°° est peut être en train de lire une " Aventure incertaine " ou peut être l'a-t-elle déjà lue, ou bien l'a-t-elle rangée au fond d'un tiroir ou bien ou bien .

Finalement dois-je vraiment vous remercier d'avoir permis cette Aventure de plus en plus incertaine ?

Puisse Faustroll m'éclairer des lumières virides de sa chandelle et de la Science !

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur , l'expression de les sentiments les plus etc … etc …

X°°°

P-S. : Et si cette missive faisait encore partie de cette Aventure Incertaine et servait de (fausse) conclusion à ce qui n'a jamais été ?

Et si j'avais imaginé cette Aventure sans même commencer à l'écrire : vous ne seriez jamais qu'un élément de mon rêve … et disparaîtriez dès mon réveil, à moins que.

Et si, et si.

Vous voyez , Monsieur le Rédacteur, combien cette histoire est embrouillée.

Acceptez encore toutes mes excuses pour vous avoir retenu avec mes spéculations plus qu'hasardeuses alors que je sais combien votre temps est précieux.

X°°°

Ce Cahier de l'Amicale
du
Laboratoire d'Inventions Scientifique(s)
Est un " spécial "

Une aventure Incertaine

il fait partie de la 3° série et ne porte aucun numéro

C'est un retirage complété du Calis spécial " Une aventure incertaine "

Il a été tiré à 23 exemplaires tous nominatifs
en Clinamen 119 (v. Avril 1990)


Un échange de Mails

De : " C°°° " <c.° @ wanadoo>
A : hl.moritz@wanadoo.fr Envoyé : lundi 25 février 2002 13 :35
Objet : 3.1.1

Ce qu'il y a de bien avec les vacances scolaires, c'est qu'elles sont propices aux rangements, aux tris, aux grands ménages de printemps avant l'heure. Et voici comment se trouvent brutalement exhumés des papiers et documents divers, vieux d'une bonne douzaine d'années. Curieux, amusé, on tourne les pages, on les parcourt d'un œil distrait, et puis quelques mots accrochent le regard :

"Tant de souvenirs qui surgissent sans nécessité apparente,
A quoi nous servent-ils, sinon à nous révéler
Qu'avec l'âge nous devenons extérieurs à notre vie,
Que ces événements lointains n'ont plus rien à voir
Avec nous et qu'un jour il en sera ainsi de cette vie elle-même."

Passage qui avait été coché à l'encre rose. Texte extrait de La Tentation de l'être ou la comique illusion, du CIRKUB'U, mars 1990. Amusant, non ? Dans le carton, il y avait aussi un petit fascicule vert, numéro spécial des cahiers de l'A.L.I.S., contenant une nouvelle inachevée. Le scripteur la faisait suivre d'une série d'hypothèses quant aux suites possibles de cette "aventure incertaine". En bon mathématicien, il les avait classées en 1.1, 1.2, puis 1.1.1, 1.1.2 etc, jusqu'à 2.2.2. Dans son enthousiasme fébrile, il a cependant négligé une hypothèse, peut-être son orgueil l'a-t-il empêché de l'envisager. C'était malheureusement la plus vraisemblable, et le destin farceur ne s'est pas privé d'y conduire la lectrice : emportée par le tourbillon d'une vie nouvelle et l'égoïsme de la jeunesse, ELLE NE L'A TOUT SIMPLEMENT PAS LUE !!! et ne l'a découverte que quelques mois plus tard, effarée de comprendre a posteriori quels avaient pu être les réels enjeux de chaque parole échangée et chaque moment partagé. Qu'on lui pardonne sa naïveté et sa candeur. Elle n'avait que vingt-cinq ans et découvrait la liberté.

Amicalement,
C***

De : " Hervé Moritz " <moritz@t3a.com>
A : " C°°° " <c.° @ wanadoo>
Envoyé : jeudi 28 février 2002
Objet : Re : 1.5.

--- Original Message ---
From " C°°° " <c.° @ wanadoo>
To <moritz@t3a.com>
Sent Monday, february 25, 2002 12 :35 PM
Subject : 3.1.1.

à C °°°
Le LIS a bien reçu votre courrier et dès réception l'a transmis dans les meilleurs délais au " scripteur ". Ce n'est pas sans une certaine émotion que celui-ci a pris connaissance de ce courriel qui, nous a-t-il confié, lui a fait - légèrement - monter son taux d'adrénaline et par voie de conséquence son rythme cardiaque avant de le plonger dans une rêverie qui persiste encore. Douze ans déjà, comme le temps passe ! , et quelques kilos en plus.

Interrogé par nos soins le " scripteur " a bien voulu évoquer cette aventure qui fût certainement inexistante pour la destinatrice mais tout aussi certainement réelle pour lui. Il se souvient bien de cette tentative de … séduction … ? à partir d'une " écriture roussellienne " faite de segments emboîtés comme des parenthèsages en abyme et de l'attente - peut-on aller jusqu'à dire fébrile - d'une réponse. Désir certes d'une réponse positive - en quel sens positive ? - mais aussi et simultanément d'une crainte de celle-ci, qu'elle soit négative, et l'aventure se clôt, ou positive. Crainte alors de ne pas " être à la hauteur ", de décevoir, voire avec toute la lâcheté masculine dont il était (est) capable, de faire volte face et finalement souhait inexprimé de l'échec.

Le prote du LIS signale que cette " Aventure Incertaine " a été l'objet d'un Calis spécial (le seul de ce type) tiré à 23 exemplaires, semblable au modèle initial à ceci près qu'il est précédé d'une introduction - ce qui est somme toute dans l'ordre des choses - et suivi d'une " Lettre à la rédaction " qui, vous le verrez, étudie une hypothèse n° 1.5 : ELLE NE L'A TOUT SIMPLEMENT PAS LU .

La rédaction des Calis replonge dans ses souvenirs et ses fantasmes : ce mail est-il
1 : (très probablement) l'épilogue d'Une Aventure Incertaine
2 : Une Aventure Incertaine est-elle le prologue d'un échange de mails … débouchant sur un Calis à long terme ou … ou ?

Le scripteur en tout état de cause fait savoir à C°°° qu'il n'a bien sûr rien à lui pardonner, elle lui a beaucoup donné - à son corps défendant -, il lui est redevable du rêve d'un songe et peut être a-t-il eu la meilleure part de cette aventure. Quel est le " réel " et quel est le " rêve " ? tel Tchouang Tseu, il ne les distingue pas bien ; il a toujours le sentiment que la " vraie vie " est ailleurs, derrière le miroir avec Lewis Carroll, chez les Tupamaros et Michaud, dans l'abyme de la 'Pataphysique. Et puis, c'est vrai, la jeunesse et ses attributs sont une excuse absolutoire.

Monsieur l'Ingénieur du Lis remarque que nonobstant les douze ans passés, le scripteur semble toujours incapable de s'exprimer directement , qu'il se cache derrière des paravents (transparents) et des hétéronymes de peur d'énoncer ce JE et rester dans ce qui semble un JEU qu'il ne sait pas quitter …

A vous

H°°°

De : " C°°° " <c.° @ wanadoo.fr>
A : hl.moritz@wanadoo.fr Envoyé : lundi 8 avril 2002 20 :24
Objet : Incertaine aventure

Monsieur l'Ingénieur-en-Chef,

Je vous remercie d'avoir eu la gentillesse de m'adresser dernièrement par mail le numéro 30 des Cahiers de l'Amicale du Lis. C'est avec un intérêt certain que j'ai pris connaissance de cette "Aventure incertaine"(ancienne et nouvelle version), qui certes, pèche par sa maladresse, mais n'est cependant nullement dénuée de charme du fait de l'indéniable part de sincérité qui l'habite, en dépit de l'artifice du je / jeu littéraire.
Le va-et-vient constant entre vérité et invention, ou entre le réel et sa "stylisation" (aurait dit André Gide) me paraît une piste séduisante. N'est-ce pas là en effet l'attrait majeur de cette "aventure" ? Mêler auteur, acteur et lecteur, faire en sorte qu'on ne sache plus bien qui est qui, ni qui fait quoi. Superposer la vie et l'écriture. Tricoter les mises en abyme. Brouiller les pistes. Développer l'art de la fugue, ou celui du fameux "mentir vrai" cher à Louis Aragon. Aussi me permettrai-je d'ajouter, pour le plaisir, un chapitre apocryphe à cet écrit atypique.

Chapitre 12

Tout le monde connaît les roses de Pindare et la boîte de Pandore. On connaît moins la boîte du pendard. On l'ouvre, et brusquement un diablotin vous saute au visage. Celui-là a une face à vous jouer des tours pendables. D'où le nom de la boîte. Celle-ci collectionne les avatars : boîte à lettres, boîte à chaussures, boîte d'archives ; la constante, c'est qu'elle recèle toujours un souvenir enfoui. Ainsi en fut-il de celle qu'ouvrit une dénommée C***, par un après-midi d'avant-printemps de l'an de grâce 2002. C'est alors que l'histoire lui revint en mémoire, par bribes à peine froissées.
Elle se rappela les événements narrés, l'invitation au théâtre, l'arrivée imprévue (et absolument pas préméditée) de l'amie, le plaisir pris au spectacle et à la relecture du texte. Elle eut en revanche du mal à se remémorer l'atmosphère de la salle des professeurs, les visages des collègues (à part un ou deux), tout cela ayant sombré dans un vaste flou qui n'avait rien d'artistique. Elle eut également du mal à croire qu'elle ait pu un jour penser la verveine aphrodisiaque, il s'agissait sans doute d'une boutade prise à tort au sérieux. Aucun souvenir non plus de la remarque perfide du collègue s'asseyant à leur table (voir chapitre 1 bis). Quant à la seconde représentation du Cirk'ubu - privée cette fois- qu'en était-il ? Avait-elle eu lieu ? Ou bien avait-elle été annulée ? Ou bien encore avait-elle eut lieu sans qu'il soit possible à C*** de s'y rendre ? Pour quelle raison ? Noir total.
Elle se rappelait cependant la "rencontre fortuite (? )" au Café de la Poste, un après-midi, la bande de copains rigolards et l'étrange présence de X*** au milieu de ces lurons délurés. Elle se souvint avoir vaguement éprouvé de la gêne ce jour-là. Deux univers s'étaient alors croisés de façon incongrue. Deux univers qu'elle fréquentait à des heures différentes de la semaine. Deux mondes qui n'avaient pas grand-chose en commun. Elle rit en lisant que X*** avait songé à une amourette entre elle et le jeune policier. Avait-il été jaloux ?
Elle se souvint aussi de choses qui n'étaient pas racontées dans la nouvelle. Une conversation, en marchant dans les rues de la ville: X*** et ses fonctions de conseiller municipal. Ses relations avec sa femme (qu'avait-il dit à ce propos ? ) et puis la musique baroque.
Aujourd'hui, C*** écoutait beaucoup de musique baroque. Elle sourit à l'évocation de son goût pour la photo. Déjà ! Quelques années plus tard, elle avait exposé un travail mené en noir et blanc sur un de ses amis artiste-peintre. Puis elle avait épousé un photographe bien sûr. La vie est pleine de malice.

De : " C°°° " <c.° @ wanadoo .fr>
A : hl.moritz@wanadoo.fr Envoyé : lundi 8 avril 2002 22 :00
Objet : suite chapitre apocryphe

On croit savoir des choses, et l'on se trompe. On croit se souvenir, et les images s'échappent (d'où l'utilité de la photographie, qui capte l'instant). On ne saura jamais si c'était Tchouang qui rêvait qu'il était papillon, ou bien l'inverse. Dans un sens, les deux sont vrais. Et toutes les histoires s'effacent au fur et à mesure qu'on les écrit / lit / vit. Ce qui compte, dans le fond, c'est le sourire du Chat.

Amicalement.

De : " Hervé Moritz " <moritz@t3c.com>
A : " C°°° " <c.° @ wanadoo .fr>
Envoyé : samedi 13 avril 2002 16 :48
Joindre : Calis 30 Complément1.doc
Objet : Re : suite chapitre apocryphe

La mémoire est une chose paradoxale qui nous est presque étrangère et semble avoir son autonomie voire sa propre volonté.

On croit se souvenir et il n'en est rien : on invente toujours. C'est le thème rebattu de " on enjolive les souvenirs ", mais les souvenirs savent s'enjoliver tout seuls et poursuivre leur route comme des grands. C'est ainsi qu'une aventure incertaine a pu se poursuivre sans que X°°° ni a fortiori C°°° n'y participent réellement. Que s'est-il passé pendant ces douze ans - si tant est que le compte temporel soit le même dans le monde des rêves et du Chat du Chester ou derrière le miroir. Oh ! pendant ce temps juste une trace qui tendrait à prouver une certaine réalité de cette aventure : X°°° se souvient avoir vu un livret scolaire comportant une appréciation de C°°° 3 ans après son départ et avoir été instantanément replongé dans ses souvenirs ; pas de quoi en faire un chapitre … pas plus pour que la dernière rencontre qui, selon X°°°, eut lieu dans une salle de surveillance lors du baccalauréat: chaleur, silence, potaches transpirant. X°° a alors amené à C°°° une canette de Schweppes bien fraîche.

En écho aux souvenirs de C°°°, X°°° pense bien avoir effectivement parlé de ses fonctions de conseiller municipal : il en était alors un peu fier - bien à tort - ; après cinq ans passés ensuite au conseil régional il relativise l'importance de ces activités électives qu'il a définitivement quittées. Par contre il ne se souvient pas d'avoir parlé de son épouse : il cloisonne ses vies réelles ou rêvées. X°°° n'est pas sûr que la seconde représentation de Ubu a bien eu lieu , " jalousie " n'est pas le terme exact concernant la réaction de X°°° face au jeune policier mais il y a de ça.

Peut être après tout que la photo présente quelque intérêt ; on peut contester son " objectivité " mais elle reste néanmoins une trace concrète, une preuve. Le souvenir s'efface mais la trace du souvenir perdure intacte, tout comme , je - enfin un " JE " - le suppose, un tirage photo peut se voiler et le négatif garder tout son contraste.

Incapable avec le temps qui passe de me remémorer avec précision les faits et gestes ayant mené à cette aventure (incertaine) je me souviens parfaitement des divers sentiments qui m'ont guidé (et égaré).

C'est ainsi que X°°° remarque qu'il est bien incapable de (re)voir C°°° ; il ne lui en reste que son sourire - plus exactement le souvenir de la sensation de ce sourire - qui très certainement fut la cause de cette aventure. Tout à fait comme le chat du Chester, C°°° s'est physiquement éloignée dans la mémoire de X°°°, en y laissant ce sourire (" smile " et non, comme dans le texte de Carroll, " grin ") radieux, plein de l'énergie de ses vingt ans et fort de son avenir…

Même les confidences que C°°° a du me faire, oh ! bien peu, sur ses origines, sa vie, ses ambitions, je les ai oubliées. Comme si l'avais voulu créer une bulle autour de C°°° et moi même en ce qui concernait cette aventure : le mythe de se bâtir une " île déserte " pour rêver une aventure sans que des contraintes extérieures ne la troublent.

C'est peut être cela le vrai souvenir : ce qui reste quand on a tout ( ?) oublié mais aussi ce qui est prêt à surgir à l'improviste, apparemment indemne et si peu vieilli.

On croit suivre un chemin rectiligne et on oublie tous les embranchements que l'on n'a pas emprunté. Une partie de nous nous échappe alors et suit chacun de ces diverticules de manière autonome … et reste perdue. Dans le rêve - ou un autre monde - on peut explorer ces avenirs incertains et jouer à faire comme si … ; rêver plusieurs vies et finir par se demander quelle est la vie " réelle " avant de réaliser que même cette question n'a pas de sens.

Tout s'efface, tout reste.

A vous

H°°°
P.S.
Vous pouvez insérer ce complément à l'aventure incertaine à la page 17 du Calis envoyé sous forme de " document attaché ".

De :                        hl.moritz@wanadoo.fr A :                          « C°°° » < C° @ wanadoo>
Envoyé :                dimanche 25 août 2002 16 :15
Joindre             Calis 30 
Objet :             Fw : [Oulipo]  (no subject)

Voici une copie de mail reçu ce mois ci de la liste « Oulipo ».

Est-ce que la publication de ce Calis donne une « réalité »  à une aventure phantasmatique ? On peut en douter. Mais qu’est ce que la réalité ? Tout au plus un sujet de dissertation pour apprentis bacheliers …

Bien à vous,

H°°°
Si par un hasard bien improbable, des courriers arrivaient suite à la demande de AZ°°°, le vaguemestre du Laboratoire d'Inventions Scientifique(s) vous les ferait suivre immédiatement.

--- Original Message ---
From
 :      « Alain Zalmanski  » <  alain.zalmanski@noos.fr  >  
To :      « Oulipo »
Sent :      Sunday, august 25,2002 3.32 PM
Objet :     [Oulipo]  (no subject)

Le site  http://www.fatrazie.com  héberge , à la suite de pressions que nous préférons taire des Cahiers du Laboratoire d'Inventions Scientifique(s).
Il a été plus ou moins sommé de faire part de la naissance de son dernier en date : le n° 30 con sacré à "Une Aventure Incertaine"

Ce n'est pas un texte oulipien, tout au plus vaguement rousselien, avec un  jeu de parenthésages dont on voit mal l'intérêt, assez ambigu, qui voudrait être un pont entre écriture et réalité, le tout noyé dans un certain pathos qui n'est certes pas du meilleur aloi.
On se demande même si cette publication ne fait pas elle aussi partie d'un jeu, stérile.
On peut consulter - et charger (dans tous les sens du terme) - ce Calis à l'adresse :

http://www.fatrazie.com/Calis_30.htm ,

Le site fatrazie décline toute responsabilité con cernant ce texte qui nous a été imposé par le LIS  avec une finalité qui nous échappe.

Alain Z°°° . D.

P.S : Fatrazie profite de ce texte pour faire une enquête : Que pensez vous de l’éventuelle « réalité » de cette aventure ?

On peut répondre sur le site Fatrazie par mail, les meilleures réponses ne seront pas primées
A Z°°°

Ce Cahier de l'Amicale
du
Laboratoire d'Inventions Scientifique(s)

Est un « spécial »

Une aventure Incertaine

&  porte le numéro 30

il ne fait partie d'aucune série
& poursuit la nouvelle formule de "parution aléatoire"

Il a été matérialisé pour Pâques 2002
le 31 mars 2002 v. (En réalité le 9 clinamen 129 EP)

puis transférée sur toile velours et fatras durant la nuit du 15 août 2002
après obtention du Nihil Obstat de Monsieur le Censeur et du CES.

On peut se le procurer sous forme électronique, il est alors envoyé - sur demande - en document annexé dans un mail sous le format : Word 97  

L’usage veut alors que le récipiendaire envoie à Monsieur l’Ingénieur-en-Chef ou 0.46 € sous forme d’un joli timbre en retour. (Les frais d’envoi du timbre peuvent être remboursés sur demande). On peut aussi préférer brûler un cierge - ou un bâtonnet d’encens - pour le repos du personnel du Laboratoire d'Inventions Scientifique(s), on est alors quitte. Enfin, on peut faire des tirages supplémentaires, les modalités ci-dessus s’appliquent pour tout nouveau récipiendaire même inconnu des services de l’Amicale du Laboratoire d'Inventions Scientifique(s). 

La première de couverture doit être tirée sur papier fort verdâtre, les autres pages au choix (si l’on opte pour une copie manuscrite on prendra soin de respecter les fautes d’orthographe & les divers enrichissements de textes).

Toute correspondance est à adresser à
Monsieur H-L Moritz, LIS, 26 Chemin des Essartis 17100 Saintes
Téléphone 05 46 74 28 19
e-mail : hl.moritz@wanadoo.fr

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