Patachants

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la 'Pataphysique  envahit en permanence la liesse et sa manifestation orale rappelle l'ordre de Saint-Augustin : chanter c'est prier deux fois. Dans peu de temps les partitions musicales seront mises en ligne.

CHANSON DU DECERVELAGE
HYMNE DES PALOTINS
IL EST NÉ L’ARCHÆOPTÉRYX
VALSE DES PRUNEAUX

EMMA (Recueil avec Charivari, Noce et banquet, Ne rêvons qu'aux Miss, Le Miroir, Adultère, Dodolphe, Homais Hommage)

HYMNES DE LA DESOCCULTATION

GLOIRE A LUTEMBI
O CURATEUR INAMOVIBLE

 

CHANSON DU DECERVELAGE

Je fus pendant longtemps ouvrier ébéniste,
Dans la ru' du Champ d'Mars, d'la paroiss' de Toussaints.
Mon épouse exerçait la profession d'modiste,
Et nous n'avions jamais manqué de rien.
Quand le dimanch' s'annonçait sans nuage,
Nous exhibions nos beaux accoutrements
Et nous allions voir le décervelage
Ru' d'l'Échaudé, passer un bon moment.
             Voyez, voyez la machin' tourner,
             Voyez, voyez la cervell' sauter,
             Voyez, voyez les Rentiers trembler ;

(Choeurs) :  Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

MOTO.gif (181122 octets)

Nos deux marmots chéris, barbouillés d'confitures,
Brandissant avec joi' des poupins en papier,
Avec nous s'installaient sur le haut d'la voiture
Et nous roulions gaîment vers l'Échaudé.
On s'précipite en foule à la barrière,
On s'fich' des coups pour être au premier rang ;
Moi je m'mettais toujours sur un tas d'pierres
Pour pas salir mes godillots dans l'sang.
            Voyez, voyez la machin' tourner,
            Voyez, voyez la cervell' sauter,
            Voyez, voyez les Rentiers trembler ;

(Choeurs) :  Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !
 
Bientôt ma femme et moi nous somm's tout blancs d'cervelle,
Les marmots en boulott'nt et tous nous trépignons
En voyant l'Palotin qui brandit sa lumelle,
Et les blessur's et les numéros d'plomb.
Soudain j'perçois dans l'coin, près d'la machine,
La gueul' d'un bonz' qui n'm'revient qu'à moitié.
Mon vieux, que j'dis, je r'connais ta bobine,
Tu m'as volé, c'est pas moi qui t'plaindrai.
             Voyez, voyez la machin' tourner,
             Voyez, voyez la cervell' sauter,
             Voyez, voyez les Rentiers trembler ;

(Choeurs) :  Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !
 
Soudain j'me sens tirer la manch' par mon épouse :
Espèc' d'andouill', qu'ell'm'dit, v'là l'moment d'te montrer :
Flanque-lui par la gueule un bon gros paquet d'bouse,
V'là l'Palotin qu'a just' le dos tourné. -
En entendant ce raisonn'ment superbe,
J'attrap' sus l'coup mon courage à deux mains :
J'flanque au Rentier une gigantesque merdre
Qui s'aplatit sur l'nez du Palotin.
             Voyez, voyez la machin' tourner,
             Voyez, voyez la cervell' sauter,
             Voyez, voyez les Rentiers trembler ;

(Choeurs) :  Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !
 
Aussitôt j'suis lancé par-dessus la barrière,
Par la foule en fureur je me vois bousculé
Et j'suis précipité la tête la première
Dans l'grand trou noir d'ous qu'on n'revient jamais. -
Voilà c'que c'est qu'd'aller s'prom'ner l'dimanche
Ru' d'l'Échaudé pour voir décerveler,
Marcher l'Pinc'-Porc ou bien l'Démanch'-Commanche,
On part vivant et l'on revient tudé.
            Voyez, voyez la machin' tourner,
            Voyez, voyez la cervell' sauter,
            Voyez, voyez les Rentiers trembler ;

(Choeurs) :  Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

 

HYMNE DES PALOTINS

C’est nous les Palotins
C’est nous les Palotins
On a des gueul’s d’ lapins,
Mais ça n’empêche pas
Qu’on est sal’ment calé
Pour tuder les Rentiers.
C’est nous les Pa
C’est nous les Tins
C’est nous les Palotins

MOTO.gif (181122 octets)

Dans de grandes caiss’s en fer blanc
Empilés la semaine entière,
C’est le dimanche seulement
Qu’on peut respirer le libre air.
L’oreille au vent, sans s’épater,
On marche d’un pas assuré
Et les gens qui nous voient passer
Nous prennent pour des militaires !
Au refrain
Chaqu’matin nous nous réveillons
À force de coups d’pied dans l’derrière Puis il faut descendre à tâtons
Tout en bouclant nos gibecières.
Tout l’rest’ du jour, à coup d’marteau
On cass’ des gueules en mill’ morceaux
Et l’on rapporte au Père Ubé
L’argent des gens qu’on a tudés.
Au refrain

Dans un grotesque accoutrement
Nous parcourons la ville entière
Afin d’casser la gueule aux gens
Qui n’ont pas l’bonheur de nous plaire.
Nous boulottons par une charnière,
Nous pissons par un robinet
Et nous respirons l’atmosphère
Au moyen d’un tube coudé !
Au refrain

La musique arrive !

IL EST NÉ L’ARCHÆOPTÉRYX

Il est né l’Archæoptéryx !
Gueules de bois, résonnantes rixes
Il est né l’Archæoptéryx !
Chantons tous ce fœtus phénix

Depuis, eut Vercingétorix,
Ce stratège au gaulois suffixe,
Depuis, eut Vercingétorix,
Un coup de pied dans le coccyx
au refrain
Ah ! qu’il est d’or, qu’il est d’onyx !
Ah ! qu’il est révéré son préfixe ;
Ah ! qu’il est d’or, qu’il est d’onyx !
Qu’il vole comme un gros bombyx !
au refrain
Jansénius a peu de prix
Pour Monseigneur de Péréfixe ;
Jansénius a peu de prix
S’il n’érige un gros crucifix,
au refrain
Mais notre Oiseau sous les laryx
Pour de mallarméennes nixes,
Mais notre Oiseau sous les laryx
A fait caca dans l’eau du Styx,
au refrain
Alphonse Allais avec Félix
Faure, ce président prolixe,
Alphonse Allais avec Félix
Sur lui font calembours préfix
au refrain
Ce n’est un imaginaire x,
Ou bien une algébrique affixe
Ce n’est un imaginaire x,
Son oncille forme un hélix.
au refrain
S’il avait anthrax au thorax,
— Pareille inflation malaxe !
S’il avait anthrax au thorax,
Se soignait à l’opopanax.
au refrain
En août on décorait son box
C’était la méthode orthodoxe,
En août on décorait son box
Avec un phallus en fleurs de phlox.
au refrain
En août on décorait son box
C’était la méthode orthodoxe,
En août on décorait son box
Avec un phallus en fleurs de phlox.
au refrain
L’Archæoptéryx vainc Pollux ;
Il sidère avec plus de luxe ;
L’Archæoptéryx vainc Pollux ;
Si le phot vaut dix mille lux.
au refrain
Une bouteille de trois-six,
Elle n’en a qu’une et la fixe,
Une bouteille de trois-six,
La Mère Ubu n’en a pas dix.
au refrain

araignée.gif (5702 octets)

VALSE DES PRUNEAUX
Musique de Pourny
Paroles de Villemer-Delormel

Je fus jadis premier solo trombone
Aux Bouff’s du Nord dans l’faubourg Saint-Martin.
Une épicièr’, fort superbe personne,
Pour mes cheveux blonds un soir eut le béguin.
Elle mangeait des pruneaux à l’orchestre
Ell’m’en offrit : ils étaient frais et beaux.
En songeant l’soir à cet ange terrestre
Je composai la valse des pruneaux.
Ell’demeurait dans son arrière boutique.
Moi je logeais au fond du corridor.
Dès le matin, avant qu’vienn’ la pratique,
J’entrais chez elle, elle pionçait encor.
Elle etait là devant moi calme et pure,
Je m’approchais tout près de ses rideaux,
Et d’mon trombone embouchant l’embouchure,
Je lui jouais la valse des pruneaux.
Un mois après elle était infidèle,
Car un beau jour par un matin pluvieux
Elle épousait l’premier garçon d’chez elle,
Quand minuit ils rentrèrent chez eux.
Dans leur logis derrière la persienne
J’les entendais s’donner des noms d’oiseaux.
Ell’ l’appelait : mon p’tit lapin d’garenne
En lui chantant la valse des pruneaux.

mouseani.gif (73345 octets)

Depuis ce jour j’ai parcouru le monde,
Cherchant un cœur qui comprenne le mien.
Mais rien n’a pu sur la terre et sur l’onde
Cicatriser le pauvre musicien.
L’hiver je donn’ des l’çons à domicile,
Quand vient l’été, je vais dans les vill’s d’eaux.
A ceux qu’ont pas la digestion facile
Je joue encor la valse des pruneaux.
De son amour comme un gage fidèle
J’ai conservé les noyaux sur mon cœur.
C’est tout tout tout ce qui me reste d’elle
Ils ont pour moi le charme d’une fleur,
Mais s’il était quelqu’aimable personne
Dont le cœur tendr’ palpite à mes solos,
Qu’elle m’écrive un mot d’sa main mignonne,
J’lui dédierai la valse des pruneaux.
Depuis ce jour j’ai parcouru le monde,
Cherchant un cœur qui comprenne le mien.
Mais rien n’a pu sur la terre et sur l’onde
Cicatriser le pauvre musicien.
L’hiver je donn’ des l’çons à domicile,
Quand vient l’été, je vais dans les vill’s d’eaux.
A ceux qu’ont pas la digestion facile
Je joue encor la valse des pruneaux.
De son amour comme un gage fidèle
J’ai conservé les noyaux sur mon cœur.
C’est tout tout tout ce qui me reste d’elle
Ils ont pour moi le charme d’une fleur,
Mais s’il était quelqu’aimable personne
Dont le cœur tendr’ palpite à mes solos,
Qu’elle m’écrive un mot d’sa main mignonne,
J’lui dédierai la valse des pruneaux.

HYMNE DE DESOCCULTATION : O CURATEUR INAMOVIBLE

O Curateur Inamovible,
Des causes maître et des effets,
Combien de multiples bienfaits
Votre Collège immarcescible !

Vive Faustroll ! et qu'il protège,
Sous son égide, le Collège!

Le Vice-Curateur,
Magnificent, impose
Aux êtres et aux choses
La Science et ses splendeurs.

À Lutembi, rendons un culte !
Le Collège se désoccuite.

Que les Provédïteurs
Portent bien la couronne
De lauriers que l'on donne
Aux Administrateurs !

Vive Faustroll ! et qu'il protège,
Sous son égide, le Collège !

Voyez des fiers Satrapes
Le défilé pompeux,
Sous les vivats joyeux
Plus dignes que des papes !

À Lutembi, rendons un culte !
Le Collège se désoccuite.

Que les Régents sont beaux !
Ce sont des Éminences
D'eux émane la Science
Comme des sources, l'eau.

Vive Faustroli ! et qu'il protège,
Sous son égide, le Collège !

Les pétulants Dataires
Remplis d'énergie vive
À procéder s'activent
Aux travaux nécessaires

À Lutembi, rendons un culte
Le Collège se désocculte.

Ceux de l'Emphytéose
Frappant des tambourins
Célèbrent pleins d'entrain
Ce jour d'apothéose.

Vive Faustroil ! et qu'il protège,
Sous son égide, le Collège !

Tout ce peuple s'avance
Dans les rangs redoublés
Des Auditeurs zélés
Qui marquent la cadence.

À Lutembi, rendons un culte
Le Collège se désoccuite.

Et mille feux multicolores
Illuminent l'horizon noir
Nous avons veillé tout le soir
Du Collège, voici l'aurore.

À tous, à tous, rendons un culte
Le Collège se désocculte

 

GLOIRE A LUTEMBI
(AD MAJOREM LUTEMBI GLORIAM)


Hameçonnerez-vous Lutembi sur vos lignes
Et lierez-vous sa langue avec un câble indigne ?
Ouvrirez-vous sa gueule et, par amusement,
Sur sa langue, debout, compterez-vous ses dents ?

Du grand Lutembi, craignez la vengeance !
Vous serez punis de votre arrogance.

Vous cercleriez son nez d'un métal dérisoire
Et d'un anneau servile orneriez sa mâchoire !
Par jeu vous en feriez le bouffon des servantes ?
Devra-t-il incliner sa tête déférente ?  

Du grand Lutembi, craignez la vengeance !
Vous serez punis de votre arrogance.

Myrmidons, c'est en vain que vous rêvez d'atteindre
Celui qui fut créé pour ne jamais rien craindre.
Sa gorge est un volcan, c'est l'antre des terreurs
Et ses crocs sont des pics : il est le dévoreur.

Gloire à Lutembi dans son marigot
Gloire à Lutembi sur terre et dans l'eau !

Quand il ouvre la gueule, il crache un feu d'enfer
Qui calcine la pierre et fait fondre le fer.
La vapeur, en longs jets, jaillit de ses narines
Comme celle qui fuse en mouvant les machines.

Gloire à Lutembi dans son marigot
Gloire à Lutembi sur terre et dans l'eau !

Quand s'enflamment ses yeux comme l'astre des nues
Et qu'il est ceint d'éclairs : tremblez ! il éternue.
II se rit du frondeur et méprise l'archer
Leurs pierres et leurs traits ne peuvent le percer.

Gloire à Lutembi dans son marigot !
Gloire à Lutembi sur terre et dans l'eau

II marche dans la boue et sur le rai qui brille,
Un sillage d'argent quand il nage scintille.
Quand il se met debout, surtout s'il est furieux,
Sa queue est dans la boue et son front dans les cieux.

Gloire à Lutembi dans son marigot !
A Lutembi, gloire au ciel et dans l’eau !
!
D'après le Livre de Job. XL, 20 à 28 et XLI, 4 à 25.