MAI

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[ Récréamots | Lipogrammes | MAI ]

 

Texte d'un lied de Frédéric Inigo, lipogramme réalisé par le Régent Jean-Louis Bailly, avec la glose de ce dernier. En exclusivité sur Fatrazie.

MAI

O mai ô joli mai sur un canot du Rhin
Trois nanas vont lorgnant sur nous du haut du mont
Ah trop charmants minois mais il part mon marin
Pour qui donc larmoyait là-bas la frondaison

Or sitôt dans mon dos floraisons sont glacis
Ta foliation burlat au sol aujourd’hui gît
Scoriations d’un doigt qui jadis m’a conquis
Ou cristallin mal clos d’un ptosis avachi

Au bord du Rhin j’ai vu s’avançant tout mollo
Un ours un bonobo un cabot zingaros
Suivant un cabanon qu’Aliboron traînait
Tandis qu’au loin d’un champ qu’on vouait au tokay
Parmi son bataillon un mirliton flûtait

O mai ô joli mai tu paras un châtiau
Tout croulant d’un grimpant ou d’un crampon floraux
Rhin sur vos bords soufflait un noroît impromptu
Sur vos joncs babillards ou sur vos provins nus

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Apollinaris von Kostrowitzky

Guillaume Apollinaire


Voici donc une réécriture lipogrammatique du poème d’Apollinaire, à la manière de Perec. J’ai inventé « scoriation », forgé sur « scorie » et qui se comprend donc assez bien. « Ptosis » existe (espèce d’affaissement de la paupière), et les bonobos sont bien connus depuis que des documentaires télévisés se sont extasiés sur leur vigueur et leur imagination sexuelles. La signature est le nom original d’Apollinaire (ça tombe bien).

J’ai essayé à travers cet exercice de me plier aux exigences de l’exercice :

-comme bien des lieder, celui-ci serait la mise en musique de l’œuvre d’un grand poète (certes un peu revu…), cf. Schubert avec Goethe, etc.

-la référence à la nationalité se fait indirectement, puisque la voyelle supprimée est la plus répandue de la langue française ; en outre, cette suppression conduit à la multiplication des voyelles nasalisées, on, in, en, propres au français et qui sont, j’imagine, le cauchemar des chanteurs (et un défi pour le musicien…) D’autre part, comme le cadre du poème est l’Allemagne, je récupère une contrainte secondaire (allusion aux autres pays parties prenantes du projet)

-il me semble enfin que le défi que j’ai tenté de relever doit pouvoir trouver des contraintes musicales plus ou moins équivalentes.