Artillerie de l’OuPeinPo.
L’OuPeinPo s’est préoccupé des canons. Il s’agit, selon le grec,
des règles de proportion qui définissent l’idéal du corps ou du
visage humain, par exemple. Cet idéal est éminemment variable selon
les civilisations, les époques, voire les artistes et l’humeur du
moment. En outre, il est rarement représenté dans la nature : c’est
une mathématisation du sentiment esthétique et donc une arme
(artillerie) entre les mains des artistes. Carelman a expérimenté l’artillerie
de l’OuPeinPo sur une œuvre célèbre, notamment pour les
particularités de ses proportions, le David de Michel-Ange, qu’il
a traité au canon 1/archaïque grec, 2/baoulé. 3/marquisien (tiki), 4/giacomettesque.
Cassification.
Méthode pour transformer un texte en un ensemble de repères dans
le plan, repères qui peuvent alors servir de structure à une œuvre
visuelle. Mise au point par Thieri Foulc, la méthode utilise, comme
matrice 1, le schéma d’une case typographique.
Code. Ensemble des relations (biunivoques)
entre les éléments de deux systèmes. L’OuPeinPo exploite des codes,
qui, à l’arrivée (output), fournissent des éléments du pein*
(visuels). Mais les éléments de départ (input) peuvent
être de nature diverse : valeur des noirs dans un tableau (Transposition
tactile, Carelman) ; lettres d’un texte (Lo Scarabeo d’oro,
Spinelli ; Cassification *, voir ci-dessus ; Onomométrie
*, voir ci-dessous ; etc.).
Contrainte. Terme venu de la théorie littéraire
où il désigne les règles formelles qu’un auteur s’astreint à
suivre : cela peut aller des trois unités, de la prosodie ou de la
rime, à l’acrostiche ou à la numérologie littéraire chers :à
Dante, à Queneau ou à Roubaud. L’OuPeinPo, par définition, élabore
des contraintes à l’usage des peintres. Pour un artiste digne de ce
nom la contrainte est tout le contraire d’une brimade ou d’une
rhétorique obligée : c’est un point d’appui, une aide à l’invention,
une jouissance de la forme (l’art est une question de forme) et une
libération de la tyrannie du message. - Contrainte par bords. Contrainte
oupeinpienne où il s’agit toujours d’asssurer la continuité des
formes et des couleurs d’une œuvre à une autre, d’un fragment à
un autre, par-delà le bord (Picturogenèse*
bitangentielle, Polyptykon*, Morpholo*, Taguinoïde*, etc.).
Décassification. Inverse de la
cassification*. Les points clés d’une œuvre visuelle, décodés par
la case. livrent un certain nombre de lettres et autres signes
typographiques. On en compose un texte, du li qui gisait dans le pein.
Élasticité temporelle (peinture à).
Méthode imaginée par Jean Dewasne, consistant à refaire une œuvre d’un
peintre dans le style de ses périodes successives : par exemple, Les
Mangeurs de pomme de terre de Van Gogh avec ses couleurs d’Arles.
Hyperdominos. Dominos peints de telle sorte
qu’à chaque nombre corresponde, sur les 3 côtés du demi-domino
concerné, une structure visuelle susceptible de jouxter les bords des
dominos de même valeur. On compose ainsi. au fil d’une véritable
partie de dominos, une couvre dont la continuité, abstraite (Dewasne,
Gagnaire) ou figurative (Carelman), est assurée. C’est une contrainte*
par bords.
Isomorphisme. Correspondance formelle entre deux
systèmes, deux univers (ou plusieurs). Tout ce qui est
décodage/encodage, écrémage et réemploi de structures existantes,
est un travail sur l’isomorphisme. Toute la peinture figurative se
donne comme isomorphe du "réel". Il va de soi que les
correspondances entre deux univers isomorphes ne sont jamais complètes
et que toute ressemblance implique dissemblance. L’OuPeinPo fournit
des isomorphismes ; aux artistes de travailler les différences.
Lamellisection. Spécialité de Jack
Vanarsky, qui coupe en lamelles ses propres sculptures pour les animer,
mais aussi les oeuvres des autres - sous forme de reproductions - pour
les réassembler en fonction de règles qu’il élabore. I1 a ainsi
exploré des Méthodes de modification de tracés par lamellisection
avec correction angulaire et d’autres. sans correction
angulaire. Au sein du premier groupe figurent les Méthodes de
rectification dont une application a fourni le Projet de
redressement du cours de la Seine à sa traversée de Paris. Au sein
du second figure la Méthode simple (par glissement) qui a fourni
les Perversions. À part, la Méthode de lamellisection
Permutative lui a permis, en 6 opérations, de faire retourner sur
sa couche la Grande Odalisque d’Ingres.
Lipopicte. Peinture exécutée en se
privant délibérément de tels ou tels éléments. Certains peintres
excluent le noir, ou toutes les couleurs (camaïeu), ou tout autre
élément. Jean Dewasne a composé une œuvre en éliminant toutes les
parties visibles de sa Murale n° 7 à la Grande Arche de la
Défense et en ne gardant que les parties masquées par le sol des 33
étages.
Matrice. Schéma d’organisation d’éléments.
À la différence du code* qui fournit un résultat direct, la
matrice fournit une structure qui reste à exploiter (Cassification*,
Onomométrie * ; Transposition* de cohérence et autres
isomorphismes explorés par Tristan Bastit).
Mesure. Quantification de certains
éléments d’une œuvre (cf. la métrique en poésie, la mesure en
musique). Des tableaux à couleur mesurée ont été réalisés par
Thieri Foule (par découpage de la surface en petits carrés) et par
Aline Gagnaire (par pesée).
Morpholo. Dispositif inventé pat Thieri
Foulc, répartissant x couleurs sur les bords de pions à y côtés. L’unique
Morpholo réalisé jusqu’à présent utilise des pions carrés
(y = 4), sur les bords desquels le blanc et le noir (x = 2) se
répartissent par moitiés selon toutes les dispositions possibles (256
pions). Chaque pion étant dessiné, il s’agit de faire, jouxter des
bords homologues pour créer de vastes compositions (contrainte* par
bords).
Onomométrie. Mesure du nom. Par leur rang
alphabétique les lettres d’un nom, ou d’un texte, fournissent des
longueurs (A = 1, B = 2, C = 3). Celles-ci sont utilisées pour
déterminer, par exemple, les proportions d’un portrait. Si l’on
utilise le système selon 2 (ou 3) axes perpendiculaires on parle de coordonnées
onomométrigues.
Ouvroir. "Atelier de charité où des
personnes bénévoles font des ouvrages pour les indigents" (Le
Petit Robert).
Pein. Abréviation pour "la
peinture" c’est-à-dire, par synecdoque, tous les arts du visuel.
L’OuPeinPo s’occupe du pein comme l’Oulipo du li (la
littérature), l’OuCuiPo du cui (la cuisine), etc.
Picturogenèse bitangentielle. Contrainte*
par bords permettant de peindre une toile en la considérant comme le
passage entre deux oeuvres existantes disposées de chaque côté. II s’agit
d’assurer la continuité des formes, des couleurs, de la matière, du
sujet, etc.
Plagiaire par anticipation. Peintre passé
dont les préoccupations oupeinpiennes sont déclarées évidentes par L’OuPeinPo
: Arcimboldo, par exemple. La même expression est utilisée par l’Oulipo
pour certains écrivains.
Polyptykon. Dispositif inventé dès 1959
par Aline Gagnaire et consistant en 3 bandes de papier qu’un pliage
accordéon transforme en petits volets. En les tournant on fait varier
les éléments de la composition, qui respecte toujours la contrainte*
par bords.
Potentiel. Qualité de ce qui est "en
puissance", par opposition à ce qui est "en acte". L’Ouvroir
de Peinture Potentielle ne produit par lui-même aucune œuvre
picturale, mais seulement des formes, des contraintes dans lesquelles
les œuvres sont en puissance. Ses membres, à titre personnel, ou n’importe
qui d’autre, peuvent les utiliser dans leurs œuvres réputées
réelles.
Structure. Synonyme de contrainte*.
Système. Ensemble de relations entre
divers éléments. Tristan Bastit s’intéresse oupeinpiennement à
tous les systèmes, surtout non artistiques, et n’hésite jamais à
les transposer dans le pein* (Transposition* de cohérence) ou à
les pervertir joyeusement (Classification zoopicturale). "Une
hypothèse de travail féconde postule que tout système, dans tout
domaine, peut et doit être réemployé par l’oupeinpiste".
Tableau des 1 000 colonnes. Tableau
synoptique imaginé par François Le Lionnais et comportant, en entrées
horizontales, "les éléments spécifiques du pein*" (support,
matériel, matériau, dessin, couleur, sujet, style, etc.) et en
entrées verticales, "quelques structures mathématiques"
(réunion ; inclusion, intersection, complémentation, symétrie,
transitivité, voisinage, tangence, etc, : "on pourrait en
énumérer environ un millier"). Depuis 1981, l’OuPeinPo explore
les contraintes et méthodes suggérées par le croisement des lignes et
des colonnes. II retrouve ainsi parfois des pratiques de peintres du
passé (plagiaires * par anticipation) et découvre des centaines
de structures potentielles.
Taquinoïde. Dispositif imaginé par
Jacques Carelman à l’image du jeu de taquin. Mais alors que dans
celui-ci le jeu consiste à remettre dans un ordre initial et unique les
petits carrés qui coulissent le long les uns des autres, le Taquinoïde
reconnaît comme valides toutes les positions possibles de tous les
pions. Pour cela il a fallu que le peintre les peigne en respectant, sur
les 4 côtés de chacun, une totale contrainte* par bords. Quelle
que soit la disposition des carrés on voit toujours une couvre
cohérente, sans solution de continuité.
Télésymétrie. Dispositif consistant à
faire exécuter par deux peintres reliés téléphoniquement à un
donneur d’ordres (centre de symétrie) deux tableaux obéissant aux
mêmes instructions.
Transposition. Réemploi de certains
linéaments d’une œuvre dans un autre système. On transpose une
mélodie dans une autre gamme, la composition et le camaïeu de Guernica
dans un tableau en papier de verre (Transposition tactile, Carelman),
le fonctionnement d’une planche de dictionnaire dans un portrait (Transposition
de cohérence, Bastit). Voir aussi Isomorphisme*,
Système*.
Zoopicturale (classification). Méthode d’analyse
inspirée par la classification linnéenne des espèces. Pour tout
tableau on détermine la famille, le groupe, le genre, etc. dans
lesquels on peut le classer. En permutant ou en remplaçant ces cadres
classificatoires on définit de nouveaux individus-tableaux, qu’il ne
reste plus qu’à exécuter. Tristan Bastit a réalisé de nombreuses
variations à partir d’une classification zoopicturale du Portrait
du comte-duc Olivarez de Vélasquez. |