Louise de Vilmorin

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la Poésie avec un grand P
Alphabets des aveux, NRF, (1954)

C' EST DES CHATS L' HEURE

Mai chante encore et parle au tonnerre.
Les grelots des Aoûts tardent.
Las, danse et chants voilés tremblent.
O quelle âme en son aile évente
O folie,
L'étoile d'aide aux Mages ?

Cédez chaleur !
Méchant en Corée, par l'automne, erre
L'aigre lot des outardes.
Là, dans ces champs vois les trembles.
Au quai l'amant sonne et, laid, vante
Aux faux lits
Les toiles des dommages.

Elle sort là-bas des menthes,
La belle Ève à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente.
L'abbé laid va lamenter.

Des trois bandits l'heureux père Corse erre
Et puis, aidé de vin,
Voit les doigts des monts
D'étroits bancs d'îles, repaires corsaires,
Épuisés des devins,
Voilés d'oies démons.


LA FILLE EN SAIT

L'âme est moirée par mille émois sans torts
.
La mémoire est parmi les mois, Centaure.

Lit, monde et moi
La vie d'ans vit.

Parmi le genêt aux cent ors,
Lys en cieux,
Hé là ! fiancée, file et cours, toi,
Sept ans !
Roseau d'opale, il en est temps !
Hé là ! fiancée, élancée, au beau cou élancé,
Centaure est là,
Sang d'or!

L'immonde émoi,
L'avide envie,
Par mille jeux naît au Centaure
Licencieux
Et la fille en ses filets courtois
S'étend,
Rose au dos pâle, île en étang.
Et la fille en sait, elle en sait oh beaucoup, Elle en sait
Sans tort et, lasse,


 

AUTANT DES CENDRES

Autant descendre
Maîtresse
Au temps des cendres
Mais tresse,
Sensibles,
Les roseaux livides
Des mois.
Sans cible
L'Eros, au lit vide
D'émoi
Ah ! tendre, t'aidera
Maîtresse
A tendre tes draps
Maître
Est-ce décent
Descend


 
S' EN VA L' HEURE

Au long des mois
Par la Savoie
Six reines, alors riant,
Paraissaient.
L'une, saoule et nue et tard, osa ces mots
‑ «S'en va l'heure,
Oh! l'onde et moi »,
Parla sa voix,
« Sirènes à l'Orient
Paressaient!
Lune sous les nuées, ta rose a ses maux
Sans valeur! »

Étonnamment monotone et lasse
Est ton âme en mon automne, hélas!

ACCORDS DOUX A CORDOUE

Accords doux
Décors d'Août
C'est tôt, beys zélés
A Cordoue.

Lâchant son silence
La chanson s'y lance

« Cette eau baise ailée,
A Cordoue
Sept obèses et les
Accords d'Août
Des corps doux. »

Et le vent
Oscille en silence
Élevant,
Oh ! si lent, six lances

A Cordoue
Bais et laids,
Beys zélés, maintenant,
Baisez les mains tenant
Baies et lait
Accord doux
En dort.