Daniel Marmié

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[ Récréamots | Holorimes | DANIEL MARMIÉ ]  

 


Daniel Marmier est vraiment le virtuose absolu du distique et des vers holorimes. Son livre est un régal et à sa lecture on comprend mieux ce qu'appelait Allais (allez les laids, ah les lais) : la folie holorimeuse 
Une nouvelle approche avec ses règles strictes et un apport de choix : l'holorime à contrainte.


Le pervers Perec rêve, et sélève, et ne ment
L'E perd, vert - perd et crève ; eh, c'est l'évènement. (monovocalisme)

Hors nos monts mormons troncs sont corps dont lors nom dort
-Or, nommons mort, montrons son cordon, l'ornons mort. (monovocalisme)

Eh, bravo, dix ! T'y colle, oh ! ris, meute qu'on sacre
Et, brave, au distique holorime te consacre (autoréférent)

Boudant tendron, Babette, et grisants seins torrides
Bout d'entendre on bat bête, est grise en sainte : oh rides ! (Acrostiche)

Aride livre sûr, cru servi, le dira :
A ride livre, sur cru, servile d'IRA (palindrome lié aux activités des nationalistes Irlandais)

Confesse, saint curé, Anne offrant corps, nichons,
Con, fesse, seins, cul, raie, à nos francs cornichons. (Scabreux)

Allais, qu'aime laquais de façon platonique,
Allait quai Malaquais, d'oeuf à son plat tonique
.

Mate, l'eau danse, bouge, ou verte; mord ce vent;
Matelot, dans ce bouge, ouverte Mort se vend.

Ses îles sous le vent des mois l'ont enchanté,
Saisi, le soulevant d'émoi longtemps chanté. (Hommage à Brel)

Célimène a tendu six roses, lasse, au thé
C'est l'hymen attendu : Sire, ose la sauter

Là, quand, à Panama, Lesseps y canalise,
Lacan, à Paname, à l'essai psychanalyse.

Décembre

Dansait puissant l'été - l'anthème et l'ancolie.
Morts ne meurent mes morts : en corromps-je ? Sont mords !
Morne, me remémore; encor ronge son mors,
Dans ses puits sans Léthé, lente est Mélancolie.

Amour ira mourir aux rameaux d'Italie.
Dette n'aillent couvrir, en corps mort, leurres morts
Des tenailles qu'ouvrir encor mord le remords
À mourir âme où rire aura maudit Thalie.

Commence Hiver. Feu ronfle en bel éclair, gemmaux.
Neige l'assaut grenu que livrent des émaux.
L'arme, là-bas, levant haineux ses poings, male ire.

N'ai-je las, saugrenus, que livres, dés et mots, Larmes ?
L'abat le vent et ne sait point, ma lyre,
Comment six vers feront flamber les clairs gémeaux.

Requiem

Faux souvenirs quittés où Vertu, neuve hermine,
A remplacé ta morgue, est temps du pourpre puits
À rang placé t'a, Morgue, étendu pour preux puis
Fosse où venir, qui t'est ouverte, une vermine.

Tait, cher dévot, rancune à trop citer la mine
Des livres racontant ta messe. Enserrés d'huis,
Délivrent, rats qu'on tente - âme est-ce en ses réduits
Tes chairs dévorant qu'une atrocité, là, mine.

Pourrir en l'édifice, os à Dieu... Mots dira,
Pour rire enlaidi, fils aux adieux, maudira
Qu'à testament beau neveu valeureux s'alarme

Que si peu d'or en tombe; et froide y verse enfin,
Qu'atteste amant, bonne veuve à leurre sa larme.
Que si peux... dors, en ton beffroi d'hiver sans fin.

Dès matines qu'on sonne

Dès mâtines

Aux matines qu'on sonne allaient grelots tinter.
Belle-Ile à ses mâts ronds se dépêche d'étendre
Cent voiles. Les freux noirs menacent, geais mauvais,
La sterne lâche : embrun - j'y suis grisé - l'arrose,
Dû qu'attend goéland. Fenêtre vers la mer
Aime y voir un silène embrassé par la vague,
Et s'y trompait l'écume où tarde, écho, l'hiver...
Est-ce abri qu'aura Dieu frété pour preuve et signe ? 
Car m'imposant l'Ave d'où, bleu vaisseau, montant
Orient rouge onyx m'émeut comme un cantique... 
Et parmi grès, coraux et dunes, coule heur doux
Aux matines qu'on sonne un grelot rare tinte.
O mâtine consonne, allègre los teinté !
B lilas, C marron, ce D pêche - D tendre;
Sang, vois-le, l'F... Renoir mena ce G mauve et
Las ! terne, l'H en brun; J suit, grisé. Là, rose
Du K tango L en feu; n'être vert, l'amer
M ivoirin, si UN ambre assez... Par là, vague,
Est citron P; laid Q moutarde, et qu'olive R !
S abricot radieux, frais T pourpre, V s'igne
Carmin; posant là V, W saumon tend;
Au riant roux jaune X. Même commun, qu'antique
Est parme Y... Or au Z, une couleur d' aôut;
O mâtine consonne, Ingres l'aura reteinte...

Liré (A Liliane)

Relire

Laisse aux neiges les voeux, redoux : blanc leur adresse
L' an neuf, aux draps qu'hiver, ce pré, ce lé couverts,
Aura prêtés. En pâtis rêvant mes champs verts,
L'an porté, fasse émoi céder faulx que Temps dresse.

Nid d'ormes, d'Ancenis redoute m' apparaisse
Qu'en mai j'aime, ô Liré, ses cygnes à l'envers
Des cygnes s'y mirant; ou charmes, troncs par vers
Ecorcés, leur offrant, la brise, aile et caresse...

L'heure, angevin Léthé, dure - fléau si lent
Indolente a ma Loire belle, vague allant...
Chênes à beau Liré se contentent d'être ives;

Des noues, étourdissait la tendre aube et sonnait
Loriot réveillant, tôt matines, des rives
D'où bleus perçaient tes cris, doux bleu-vert sansonnet.

Les sonnets je les veux redoublant leur adresse ;
Lents ne faudra qu'y vers se pressent, lais ouverts
Ore apprêtés en pâtiraient - vent, méchant vers
L'emporte : effacez-moi ses défauts ! Que tendresse

N'y dorme, danses n'y redoutent ma paresse !
Quand mes gémeaux lirez, ces signes allant vers
Des signes ci-mis rangs, où charme trompe Arvers,
Eh ! corsez leur eau franc... Là briser l'écart, est-ce

Leurre enjeu vain? L'étai du reflet oscillant,
Un dol entame ? - Aloi rebelle va galant
Chaines abolir, et ce qu'on tente d'étrives

Dénouer, tour d'icelle attendre ô bessonne et
Lors, y aurai, veillant aux mâtines dérives,
Double, pair, cet écrit double versant : Sonnet !


Textes extraits de :
Daniel Marmié Formules n°1 Editions l'Age d'Homme (1997)
Daniel Marmié De la reine à la tour Editions de Fallois (1995)
Un conseil : après ces amuse bouche, fondez sur les repas complets