Un vrai bain de
jouvence philosophique en ce 11 juin 2001. Après la Sorbonne c'est le
Café de la gare qui accueillait les amis de Jean-Baptiste Botul, le
philosophe d'expression orale, dans le désormais traditionnel passage des
épreuves de philosophie du baccalauréat. Mêmes sujets, mais en un temps
limité, et soutenus oralement par des impétrants ma foi pas trop
empêtrés. C'est encore plus difficile à raconter que les jeudis de
l'Oulipo alors indulgez !
Le jury (Hervé Le Tellier, Henri Cueco, Frédéric Pagès et Claire
Doubliez¹) a su mettre à l'aise les faux candidats face à la fameuse
Prüfungfieber, sans pour autant être laxiste ou par trop compréhensif
vis-à-vis des erreurs de formes ou de fond lors du traitement des
sujets tirés au sort par 8 postulants -certains depuis plusieurs
années- parmi ceux posés ce même lundi aux 614000 (et des
poussières) lycéens français :
- Tout pouvoir s'accompagne-t-il de violence ?
- La liberté se définit elle comme un pouvoir de refuser ?
- Donner pour recevoir est-ce le principe de tout échange ?
- La question :"Qui suis-je" admet-elle une réponse exacte ?
C'est ce dernier sujet qui a été le plus tiré au sort mais la
virtuosité des candidats était telle que tout sujet leur aurait permis
d'étaler leur savoir et de s'égarer parfois hors sujet de la
psychanalytique à la métaphysique,
de la sociologie à l'exégèse du néant, voire à la sexologie.
A ma grande honte j'ai découvert des lectures du grand Botul¹
différentes de ses conversations avec Zweig ou Lou Andréas-Salomé.
J'ai pris connaissance de noms comme Derrida, Lewis-Strauss, Oana ou Loana
et autres philosophes inconnus de moi (Mon horizon était limité aux
trois P : Platon, Pascal, Pagès. L'un des candidats devait d'ailleurs
être un familier car il a, durant son exposé quasiment tutoyé sa
référence Arthur -je pensais qu'il s'agissait de Rimbaud- mais non.
Et pourtant cette grande culture, cette aisance de la présentation, cette
omniscience étaient accompagnés par ces Pics de la Mère Andole de la
philo, d'une grande modestie et d'un humour (parfois démagogique) aidant
le public à la compréhension de sujets pourtant hermétiques.
Le jury a également su poser les bonnes questions pour détendre
l'atmosphère et reprendre en main des candidats parfois trop sûrs d'eux
mêmes et se permettant de prendre à parti les membres et les organes du
dit-jury. Certains ont d'ailleurs plagié Hervé Le Tellier par une série
de Qui suis-je ressemblant étrangement à A quoi penses-tu ! Il n'y plus
de respect.
J'avais pourtant révisé mon Botul comme les candidats (eux pour se
mettre dans les petits papiers du jury) et bien entre l'ego, le go, le
moi, le surmoi, le sursurmoi, le mois double, le grand ça vivant, le
petit ça qui est mort, le conscient, le miroir qui réfléchit sans rien
dire et certains candidats qui parlaient sans réfléchir, la philologie
et l'herméneutique, j'ai rapidement fléchi et vais me remettre dès ce
soir à mes études.
Heureusement une kyrielle de dessinateurs (Gébé, Cabu, Kerleroux,
Cardon, Pancho, Minet ou Pessin) s'est permis de brocarder jury, candidats
et sujets avec des caricatures et des dessins avec bulles et là j'ai tout
compris. Un recueil est d'ailleurs paru en janvier 2002.
Dans leur hâte de rejoindre le buffet et eu égard à la qualité des
auditions le jury en a oublié de délibérer et tous les candidats sont
donc putativement reçu.
Mais quelle belle soirée culturelle et tout. L'an prochain cela sera sans
doute au Zénith ou au POPB et l'A2JB2
demandera à Jack Lang ou Luc Ferry de plancher.
Etonnement de ma part Jacques Gaillard était prévu comme membre du jury
mais a dû préférer être candidat. En fait c'est un professeur de philo
de Strasbourg malgré un fort accent méridional, très clair et
pratiquant la pédagogie par l'exemple.
Qui suis-je : indubitablement et sans aucune réserve
:
Alain Zalmanski.
Réponse exacte et tout le reste n'est que philosophie.
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¹Un(e) des très rares femme philosophe, mais de très haut niveau -
limite chienne de garde -
psychanaliste de surcroît. Cherche à faire mentir Saint-Augustin. Cas
rare qui ne laisse pas de marbre.
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