|
Contrairement à ce que
laisse entendre son titre, l’ouvrage est une œuvre salutaire
d’information de nos larges masses laborieuses. Onze biographies
permettent à des célébrités généralement méconnues de vous devenir
familières et de briller en société : Entre autres
Karl
von Bryar, agent du chiffre
allemand durant la guerre de 39-45 et son Farbensonnet (sonnet des
couleurs).
Hans Schweiger, bruiteur professionnel inoubliable de Cecil B. DeMille
(Les dix commandements) et de Peter Yates (Bullit).
Maxime
Podgorski dont la liste avait
eu à connaître il y a deux ans car il s’essayait à placer sur un cube
hongrois les 26 lettres de l’alphabet, avec une voyelle au centre de
chaque face et les consonnes les plus fréquentes (SRTNLCDM) aux angles du
cube. En traçant graphiquement ou à l’aide d’une ficelle le chemin
correspondant à un mot ou à une phrase on obtient un réseau plus ou
moins noué dont Maxime tire des conclusions topologico-linguistiques du
meilleur effet.
Jacob
Romanson, un logicien
doux-dingue, dont les travaux sont préfacés par Wittgenstein lui-même
et qui élabora sur le thème de la rose des vents des définitions extrêmement
cohérentes des mots de notre langue, en fonction de la présence ou non
de tout ou partie des lettres NOES. Un exemple parfait de classification.
Euphrase Balmer, inventeur de l’alexandrin ferroviaire et ami de
Boris Vian et de Georges Perec.
Zéphirin Dauvergne instituteur qui éploré par son veuvage se
jettera à corps perdu dans l’alcool puis dans l’élaboration d’une
méthode pédagogique d’histoire basée sur la contraction du temps.
Toute notre ère chrétienne trouve place en 24 heures et Zéphirin
dresse une équivalence entre une heure et la date d’un événement.
C’est ainsi que les Arabes sont arrêtés à Poitiers à 7 heures
32, que Marignan se passe à 15 h 15 et qu’Hitler arrive au
pouvoir à 19 h 33. Il fut interdit d’enseignement à 19 h 53
et en devint fou. Étonnamment, le portrait de Dauvergne a des airs d’Hervé
Le Tellier.
Exerxès, fils de Perthos d’Istyle (ou d’Estyle (?) en fin de
biographie) qui assista à la création du premier dodécasyllabe. Bien
qu’il faille une fin, nous, on en redemande !
Récit
alerte et plein d’humour de tranches de vie exemplaires de personnages
peu communs ayant côtoyé nombre de célébrités, de Queneau à Botul,
de Darwin à Alexandre le Grand. Lehman et Angelini. Il est dommage qu’Hervé
Le Tellier ait laissé passer quelques erreurs – peut-être dues à ses
sources. Pour des raisons évidentes de sécurité il donne à l’ami
d’Euphrase Balmer le nom de Bison ravi. En fin de récit il cite Vian.
C’est cousu de fil blanc et nous ne sommes pas dupes. Pas plus que de la
bibliographie extrêmement tendancieuse qui suit le système Dauvergne où
l’auteur se limite à ses propres amis, de Engels à Julien Dray, Calvin
ou Jean-Pierre Coffe. Biographies délectables cependant, à lire sans modération.
|