Zindien

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[ Oulipiens | Hervé Le Tellier | ZINDIEN ]


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Zindien
:
superbe, poétique, tour à tour simple, virtuose, débordant d'amour et d'humour. On en oublie les contraintes. On ne les recherche même plus. Toujours pour donner l'eau à la bouche :

Zindien

Haïku-ku la prâline

Je ne sais pas ce que je veux
Paraît kiya des pères qui savent
Qui disent Tu seras militaire
ou architecte ou musicien
plombiézingueur ou bien zindien
Moi je ne veux rien, rien de rien,
ou alors, si, je sais,
tout de suite, tenir ta main.

Mon petit garçon
Tu es mon petit garçon
Mon petit garçon

Déshabillage

Un ciré rouge vif, doublé, taille quatre ans,
Deux bottes bleu marine en caoutchouc (mouillées)
Un pantalon de jean, délavé, un peu grand
Deux chaussettes Mickey (elles aussi trempées)

Un pull en laine écrue qu'on t'a mis à l'envers
Un petit slip blanc marque Petit-Bateau
Un tee-shirt en coton bleu tirant vers le vert
Parsemé de cent taches de fruits ou de gâteau.

J'en fais un petit tas qui part à la machine
Qui fait à l'essorage un bruit d'hélicoptère
(C'est-à -dire plus encore que ce qu'on imagine)

C'est pas si compliqué d'être heureux sur la Terre
C'est quatorze kilos dans un drap dé coton
C'est ta main dans la mienne et ma joue sur ton front.

Maraboulipien

Notre Auber

Notre Auber qui êtes Jussieu
Que Simplon soit Parmentier
Que Ta Volontaires soit Place des Fêtes
Que Ton Rennes arrive
Sur Voltaire comme Courcelles
Donne-nous Galliéni notre Havre-Caumartin
Et ne nous soumets pas à la Convention
Cambronne-nous nos Défense
Comme nous Odéon à ceux qui nous ont Maraîchers
Délivre-nous des Halles,
Miromesnil.
LES DOUZE RÈGLES DE L'ART
Transduction substantivale entre le Décalogue et les premier et second manifestes de lOulipo

Alors, Poésie prononça toutes ces phrases.
« C'est moi Poésie, ton Art, qui t'ai fait sortir de la Mystification d'Oulipo, du plaisir de contrainte.
Tu n'auras pas d'autre Art que moi.
Tu ne te feras aucune structure, rien qui ressemble à ce qui est dans les acrostiches là-haut, à ce qui est sur le contrepet ici-bas, ou dans les lipogrammes au dessous du vocabulaire.
Tu ne prosterneras pas devant ces structures ni ne les serviras, car moi, Poésie, ton Art, je suis un Art jaloux, qui punit la supercherie des émotions sur les lisants, les petits-lisants et les arrières-petits lisants pour ceux qui me haïssent, mais qui fais grâce à des milliers, pour ceux qui m'aiment et qui gardent mes règles.
Tu ne prononceras pas le nom de Poésie ton Art à faux, car Poésie ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom à faux.
Souviens-toi de l'année du Divertissement pour la sanctifier. Pendant six années tu travailleras et tu feras toute ton ouvre, mais la septième année est un divertissement pour Poésie, ton Art. Tu n'y feras aucun oeuvre, toi, ni ton idée, ni ton génie, ni ton ordinateur, ni ta machine, ni tes langages, ni l'oulipien qui réside chez toi. Car en six années Poésie a fait l'acrostiche, le vocabulaire, le sonnet et tout ce qu'ils contiennent, mais elle a chômé la septième. C'est pourquoi Poésie a béni l'année du Divertissement et l'a consacrée.
Honore ton émotion et ton inspiration, afin d'avoir longue oeuvre sur le vocabulaire que Poésie ton Art te donne.
Tu ne tueras pas.
Tu ne commettras pas de plagiat.
Tu ne voleras pas.
Tu ne porteras pas d'alexandrin mensonger contre ton prochain.
Tu ne convoiteras pas le plaisir de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la dame de ton prochain, ni son ordinateur, ni sa machine, ni son corbeau, ni son renard, ni rien de tout ce qui est à lui. »