Solaar pour l'art: Le Lego des mots
| Convenons-en:
ce n'est pas tous les jours qu'un auteur de chansons
vous incite à vous plonger ou vous replonger dans
"Palminpsestes, la littérature au second degré"
de Gérard Genette (Editions Point Seuil), qui lui-même
vous invite à (re)découvrir, outre les brouillons des
grands écrivains, l'art subtil de l'holorime, du
palindrome, de la lipogrammatie, du pastiche et plus
prosaïquement, de l'allitération et la métaphore. De
quoi réconcilier avec le rap ses pires détracteurs, ou
tout au moins leur en boucher un coin.
Et si ces termes àla fois savants et barbares vous
laissent perplexes, sachez qu'ils désignent des figures
littéraires aussi subtiles que classiques, déjà
familières à Marot.
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Photo Sednaoui |
Si l'on
ajoute que notre homme cite volontiers Georges Perec ("La
disparition"), Raymond Queneau ("Exercices de
style"), Stefan Zweig ("Amok", "Découverte
d'une profession inconnue"...), Apollinaire ("Les
Calligrammes"), Paul Lafargues ("Le droit à la
paresse"), le peintre dada Marcel Duchamp, L'Oulipo de
Queneau et Le Lionnais (Ouvroir de littérature potentielle),
Gunther Wallraff ("Tête de turc") et même le père
Hugo, qu'il a également revisité à la Bibliothèque de
Beaubourg l'art de la réthorique à travers Bossuet, Descartes
ou Montaigne ("Des livres comme "La stylistique",
"Introduction à la rhétorique", je les lis en une
soirée"), et animé naguère à Marseille un atelier d'écriture,
on comprendra que cet "horticuteur de mots"(dixit
Juliette Gréco) est, à 28 ans et à peine trois disques, un véritable
fou de mots, et même un fou de lettres.
N'a-t-il pas commandé un jour à son opticien un optotype,
ce tableau de lettres qui permet de mesurer l'acuité visuelle,
parce qu'il avait "besoin d'avoir ça sous les yeux",
le spectacle de l'alphabet pour écrire, en quelque sorte?! Tout
comme il collectionne littéralement les dictionnaires:
"des sens cachés, des mots bilingues, des jolis mots
-c'est là que j'ai trouvé "Obsolète" qui est devenu
le premier titre de mon avant-dernier album-, des mots de la
mort, de la culture biblique, de San-Antonio, des plagiaires,
des assassins, des citations, des proverbes savoyards, des
listes... J'aime bien savoir tout, donc je prends tous les
dictionnaires. Après, tu laisses ton imaginaire avancer. Je ne
vais pas lire le dictionnaire en commençant par "A",
mais à chaque fois que je fais une lecture, je coche des mots.
Ceux que je ne connais pas. Ce n'est pas une panacée, parfois
tu ouvres une page d'encyclopédie au hasard et il n'y a rien,
que des trucs nazes. Dans "Le dictionnaire des mots de la
mort", tu trouves des expressions comme "Il est parti
en voyage en laissant ses souliers", ce qui veut dire
"Il est mort". C'est pas mal. Tu vas trouver
"mirabelle", ce qui signifie "guillotine"...
Mais je ne me suis jamais servi d'un dictionnaire de rimes ou de
synonymes, je ne peux pas. Après le sens n'existe plus, parce
qu'on te met "philosophie précise, concise, rime avec
analyse, fuse et diffuse, use abuse et ruse..." sans se
rendre compte. Ça fait un bon style assonance, c 'est beau, ça
sonne, mais au final qu 'est-ce que ça veut dire?!".
Pas étonnant après ça que l'auteur de "Bouge de là"
ait inspiré autant de jeux de mots à la presse ("Plein
Solaar", "Le système Solaar", "Le Solaar à
son Zénith", "L'heure Solaar", "La littérature
selon Solaar", "Solaargument"...) qu'à lui-même
(Solaar l'arbalète, Laarso, Coca Solaar, Solaarisation,
Solaarjenitsyne, Solaarsenal équipé de balles vocales...), ce
nom étant lui-même né d'un "tag", Soar; devenu
Solaar pour éviter les jeux de mots façon "Bonsoar"
etc.
Et pourtant... il s'en est fallu de peu que le jeune Claude
M'Barali, champion de foot d'Ile-de-France, catégorie pupilles,
ne dame le pion à Papin ou Cantona, et que l'écriture y perde
un fervent supporter au détriment des stades: "Il a un
pied en or, un pied en diamant", répètaient les sélectionneurs
venus d'italie, de l'AJ Auxerre, de Vichy etc à Madame M'Barali!
Mais celle-ci, qui était venue en 1969 de Dakar s'installer
dans la banlieue sud (à Villeneuve Saint Georges) avec son
mari, originaire comme elle du Tchad, et le petit Claude, né la
même année, tint bon: "Le bac d'abord!". Alors c'est
le circuit classique, lycée, bac (18 à l'oral sur le
"Candide" de Voltaire), fac (Langues étrangères
appliquées, anglais et espagnol, à Jussieu), où il développe
au contact du monde enseignant son goût du verbe et de la
dialectique: "J'ai eu la chance d'avoir des profs qui m'ont
fait aimer la littérature... En seconde, avec mon prof de français,
chaque cours était du jeu. Sur l'histoire de la littérature,
elle ne prenait que les anecdotes, comme le
"vert-galant" pour Henri IV, la petite histoire dans
la grande et là, par ce côté ludique, j'ai commencé à écrire
mes premiers vers. Je ne sais comment j'ai glissé de mes
lectures à une envie d'écrire mes propres choses.. Quant à
mon prof de philosophie, il m'a appris une chose essentielle: on
peut toujours avoir raison, à condition de savoir argumenter de
manière cohérente, j'en ai fait un principe... Tous les
despotes gagnent la confiance des peuples grâce à leur talent
oratoire. Le pouvoir des mots fait peur".

Photo Bordas |
Et
lui, il joue avec, depuis toujours: "Prends une
prune dans la poire, Si tu tombes dans les pommes, c'est
que j'ai la pêche!", lance-t-il tout gamin, écrivant
déjà sans le savoir comme Mr Jourdain faisait de la
prose, et dès la troisième, il brouillonne, il
bouillonne: "Je m'appelle Paulo, je suis gros,
Paulo Da Silva, je suis gras, je fais de la gym pour
faire un régime...: des textes ultrabasiques, premier
degré parce que sans recul sur ce que l'on
vivait". L'alchimie se fera par le biais de la littérature,
tant sur le plan du fond que de la forme: "Sur le
chemin de l'école, je ratais souvent mon bus, je
faisais assez régulièrement un kilomètre à pied, et
je n'avais rien d'autre à faire que de rapper. |
Là, je trouvais des trucs, et une fois arrivé en cours de
français, j'entendais: "Pour qui sont ces serpents qui
sifflent sur vos têtes?", et je me disais: Ah merde, c'est
pareil?". Quand, plus tard, il passera aux choses sérieuses
et signera ses premiers albums, la "méthode" de création
restera la même, libre, spontanée, un "feu d'artifice
dans le cerveau": "Quand j'ai commencé à écrire,
j'ai tout de suite pigé que le seul moyen de sortir du lot était
de dire autre chose; quand tu vois dix groupes de rap, tu
entends la même chose... J'écris en marchant: plein de choses
te montent au cerveau parce que tu n 'as rien d'autre à faire
que de chercher une rue... Les phrases se précipitent. Je
gomme, j'efface, je trie, je jette les private-jokes, les
premiers degrés, les purs jeux de mots. Et j'use mes souliers.
Ou alors, ça se passe entre 18 heures et 21 heures. Moment idéal,
on dirait que c 'est calme... Après, quand je suis devant la
feuille et que viennent les mots, c'est vraiment le flot... Un
jour, je me promenais dans Rome et le mot "Audimat"
est venu. Et puis ça n 'a fait que décliner, et le soir, dans
ma chambre d'hôtel, j'ai écrit un texte de rien du tout avec
des mots comme mate, audio, idiot, Audi (la voiture), Elodie,
mate, mate l'Audi, l'idiot mate... Il me faut toujours un point
de départ, comme par exemple un proverbe, "Rien ne sèche
aussi vite qu'une larme" qui a déclenché mon deuxième
album. Ça me permet d'argumenter. Car contrairement à la
chanson classique, il faut une argumentation. Pour cela, on a
besoin d'exemples, de lieux, de dates, d'une phrase antérieure
ou d'un personnage historique (par exemple Spartacus) qui va
permettre de défendre sa thèse. Parfois des mots définissent
mieux une situation ou un univers que n 'importe quel adjectif.
Quand je glisse "Mc Gyver" au milieu d'une strophe, ça
signifie "débrouillard" ou "J'ai trouvé la
solution". Quand je dis "Le dormeur du val ne dort
pas", même si l'auditeur ne sait pas que Rimbaud a écrit
le poème, je réveille chez lui la nostalgie de la période
scolaire, je provoque une réflexion de sa part, je le resitue
dans son époque". Dans mon avant-dernier disque reviennent
des expressions comme "à l'époque , "jadis",
"naguère": "Naguère les concierges étaient en
vogue/ Désormais on les a remplacées par des digicodes".
Au fond, c 'est un peu mon "Je me souviens", en référence
à Perec. Je pars aussi de mots lus dans les journaux:
"concubine", "hémoglobine" et
"processus qui mène à l'élimination" ont donné
"La concubine de l'hémoglobine". Quand mon stylo
part, à un moment, il faut que ça tombe dans le concret: la
crise, le monde etc. Stypen, c'est ma muse... Je conclus mes
textes en trente minutes maximum: si on prend le premier album,
"Bouge de là" et "Dix témoins": 10
minutes, "Victime de la mode": 15 minutes, "La
conclubine de l'hémoglobine": 20 minutes, parce que tu
n'as que des images, tous les flashes qui te reviennent. C'est
écrit exprès. Les mots ne sont pas pesés. Ils sont en fait
plus proches du journalisme que du militantisme: écrire sur ce
que tu vois, c'est le truc idéal! Dés le début, j'aimais bien
l'idée de me transformer en journaliste et de me camoufler dans
la peau d'un personnage pour découvrir une vérité cachée, un
angle de la société... Je préfère l'analyse simple avec du
recul -ce que j'appelle mon lubrifiant didactique- plutôt qu'un
engagement à la première personne.
La dérision révèle sans passer par un discours... Le
risque est de glisser de la dérision au dérisoire. C'est
pourquoi mes textes ne sont pas que dérision. Il faut des hauts
et des bas, du grave et de l'humour, pour éviter d'être
fatiguant... J'injecte plus des valeurs que des ordres. Il y a
rarement de conclusion à la fin de mes textes..."
Mais qu'on ne s'y trompe pas: avant d'être "jetés sur
la papier en un quart d'heure" par la "dubitative
plume du poète du bitume", les textes de Solaar ont été
ruminés, chantonnés, peaufinés, scandés par coeur pendant
des jours et des jours à travers la ville, ils ont été
sentis, observés, nourris à la sève de la rue: "Pour mon
second album, j'ai gambergé trois mois pour les textes alors
que les musiques étaient en préparation avec Hubert Blanc
Francard, Christophe et Jimmy Jay. En quatre jours, je me suis
enfermé chez moi presque en me cachant des autres pour tout rédiger.
J'écrivais des bribes de textes, jamais entiers, que
j'assemblais au furet à mesure... Mais je retarde toujours le
moment de fixer les mots sur le papier. Cela permet de tout
changer au dernier moment, en fonction de l'actualité.
Lorsqu'en Afrique du sud Botha passe à la trappe, hop! Il faut
changer les noms, les rimes et tout ce qui s'ensuit, c 'est évolutif".
Où l'on en revient aux techniques du journalisme.
C'est
un peu comme Pérec que je me souviens
De l'Académie des neuf et des temples égyptiens
Je n'ai pas vu le Caire depuis la mort de Sadate
(" Les temps changent") |
Un "art d'arrimer les mots" qui passe aussi bien
par le jeu ("Et si on vous dit missile, vous répondez
quoi? - Missile: une belle fille: Miss Ile, c 'est une bombe, un
canon, forcément... Et Miss Terre n'est pas mal non plus")
que par l'holorime ("Superbe terrain, superbes tes reins;
Amerindien, Amer Indien": des trucs comme ça, j'en ai des
tas, je les note sur un cahier que j'ai appelé "Vices-Versa"),
les assonances ("L'aisé les a lésés et a laissé dans
leur alèse et telle la bise ou l'alizé érose leurs thèses
niaises et biaisées", "Le hic est que ces addicts à
l'Assedic abdiquent... La haine ne paie pas, c'est l'ANPE qui
paie", "J'en garde des séquelles, mais je sais
qu'elle sait que son silence est d'or", "On me traite
de traitre quand je traite de la défaite",), les
palindromes ("Elu par cette crapule... ": se lit dans
les deux sens), les double-sens (il se déclare fasciné par une
phrase comme "Jean put dire comment on tape" qui peut
se lire aussi bien en français qu'en anglais: "Jean
enregistra un horrible commentaire"), et double lectures
"L 'NMIACCD'HTCK72KPDP" (="L'ennemi a cessé
d'acheter ses cassettes de cape et d'épée"). Hommage à
Marcel Duchamp et à sa Joconde moustachue ("LHOOQ"),
avec toujours la passion de l'alphabet ("La lettre
"e" reparaît six fois dans le mot "dégénérescence",
comme la lettre "i" dans le mot "inintelligibilité",
confie-t-il troublé) et le souci de donner du sens à ses jeux
de sons, de faire sonner (résonner?) ses idées ("Le tempo
est roi dans l'arène musicale", "Qu'on épèle les
voyelles, dès qu'on sonne les consonnes, la musique est
bonne"), car comme disait Malcom X "Dans une révolution,
on ne chante pas, on swingue": "Avec Bouge-de là,
j'ai mis des lignes plus douces pour faire du rap français tout
en étant swing. Au lieu d'être plaqué sur l'actualité en
tant que témoin et de viser directement les autres, je préfère
prendre du recul et suggérer les choses de manière plus drôle,
ce qui est plus difficile à faire qu'un texte triste. Dans les
bouquins sérieux, on appelle cela une "pirouette
didactique", un coup de rire te donne plus envie d'écouter
et donc de comprendre... Il est toujours préférable de faire
passer le message avec style que de se cantonner au premier degré.
La subtilité consiste à s'engager sur le champ poétique tout
en restant concret". En d'autres termes, et traduit en
langue rap: "Ma tactique attaque tous tes tics (toute éthique?)
avec tact", ou l'art du "camouflage". Autant de
procédés, figures de style et classiques d'illustres aînés
qu'il a découverts de jour en jour, en faisant la fac buissonnière,
à la Bibliothèque de Beaubourg: Son disque précédent,
"Prose combat"ne devait-il pas s'appeler initialement
"L'art subtil du prose-combat" en hommage au
"Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil
du go" de Georges Perec, dont "La disparition",
livre écrit sans la lettre "e", l'a marqué à vie?
Un procédé, la "lipogrammatie" qui fascine Claude
MC, capable de contempler longtemps cette phrase de Hugo:
"Sans le "a", Paris est pris " et de
partager avec le poète l'idée que "le mot est
vivant". Le secret des mots, leur alchimie, leur
combinaison, leurs tiroirs à double-fonds, leur face cachée,
leurs contradictions, tout cela le passionne: "Je passe du
coq à l'âne, d'ailleurs, j'aime bien les métaphores sur les
mots de basse-cour passant du moyen-âge au temps présent:
"On va passer du coq à l'année 1997".
| Un
esprit et une lettre, voire un phrasé débridé qui
n'auraient pas déplu à Boby Lapointe: "Avant,
l'essentiel était la rime finale qui permettait de
retrouver le mot ou la phrase. Connaissant la fin, tu
retrouves tous les mots antérieurs. Désormais, c'est
la manière de couper la phrase avant d'arriver à la
rime qui compte. Ne pas être obligé de s'arrêter à
la rime finale: plutôt faire plein d'assonances
internes, ou bien une rime qui, au lieu d'être en fin
de vers, est en rejet je ne sais pas si ça a un nom. Ou
pouvoir en injecter plein dans le vers. |
 |
Pour moi, c'est en mettant en valeur la quatrième phrase que
je suis certain de me rappeler toute la chanson... A Paris, le
rap est très influencé par ce qui se fait aux Etats Unis. En
Afrique, les gens qui font du rap sont sûrement influencés par
Paris, mais ils ont une mémoire, une facilité d'élocution,
des livres entiers, ils jouent sur tout. Ils vont faire un texte
avec uniquement des allitérations, un autre avec rien que des
assonances, et toujours avec un sens... Je suis sûr que, pour
la mémoire, lorsque les griots font la généalogie laudative
de leur famille, il y a un rythme dedans. On peut les entendre
à deux endroits différents, deux jours de suite, ils ont la même
musique. Si j'avais mon bac à passer ou à repasser, je
mettrais mon cours d'histoire dans un rap: je suis sûr d'avoir
tous les éléments, les dates, les noms et, si possible, un peu
plus. Tu arrives au bac, et grâce à la musique des mots, tu
retrouves ce qui manque!".
Du rap comme un aide-mémoire, presque une chanson
"automatique", venue en droite ligne des griots et de
l'Oulipo? Où l'esprit des "posses" (groupes rap), en
tout cas le 501, rejoindrait celui des pataphysiciens? Pourquoi
pas?
"En ce moment, confiait-il en 1994, je réalise que je
refais la même démarche que certains mouvements littéraires,
et sans le savoir, j'élargis un cercle pour créer une sorte de
confrérie de la périphérie... Le surréalisme, le dadaisme
avaient une fonction d'art engagé, alors c'est sûrement
possible pour notre cercle aussi. Pas forcément un pouvoir en
tant que porte-parole, pas de leadership à défendre, fermement
et définitivement, sinon que de développer nos quelques idées,
les propager".
"Pour Solaar, concluaient naguère Bernard Loupias et
Fabrice Pliskin dans "Le Nouvel Observateur", le rap
est un art du palimpseste... Ses textes avancent masqués,
"camouflés de l'intérieur", parlant une langue qui
"veut tout dire et tout cacher", tel l'argot des
"Misérables".
Amateur d'anagrammes, il planque les mots sous les mots, pour
leur faire passer les frontières, ni vu ni connu, avec la
fausse désinvolture d'un porteur de mots-valises".
P. A.
Ce dossier a été réalisé à partir d'interviews parues en
1994/95 dans "L'événement du jeudi", "Rock
sound", "Télérama", "L'Indic",
"Les Inrockuptibles", "Le Parisien",
"Libération", "L'Express",
"Actuel", "Le Monde", "Le Nouvel
Observateur" etc.
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